Beaucoup de bruit pour rien ?

J’ai expliqué, dans un précédent article, pourquoi il faudrait rendre un jour justice à l’ex-présidente de notre Medef national, et reconnaître à celle-ci, du point de vue de l’emploi dans notre pays, un rôle non pas aussi déterminant que celui joué par « la dame des 35 heures », mais nettement plus définitif !

J’y rappelais précisément la réaction sans ambiguïté de ladite présidente à la proposition de son successeur, la création d’un « SMIC jeune », qu’elle a dénoncée, avec la fougue que nous lui connaissons, comme une démarche esclavagiste.

Mais voilà que je me sens dans l’obligation de revenir sur ce sujet, car je ne voudrais pas donner à penser, que finalement, ironisant sur les propos de l’ex, je partagerais le point de vue du nouveau (président).

Un SMIC jeune, utile, pas utile ? Souhaitable, pas souhaitable ? Est-ce que j’ai un avis sur cet intéressant sujet ? Oui, et c’est celui-ci : peu importe, car là n’est pas le problème de fond !

En effet, et contrairement à tout ce qu’essayent de nous faire croire ensemble les syndicats, tant patronaux et que salariés, les politiques et les médias qui les servent, tous parfaitement complices sur ce sujet, si des jeunes et d’autres ne sont pas employés, ce n’est pas d’abord un problème de salaire, tant s’en faut !

En tout cas pas dans les petites entreprises, et c’est sans doute vrai aussi pour les moyennes. Si vous en doutez, faites parler votre coiffeur, votre plombier, votre électricien… Vous n’aurez guère besoin de beaucoup les torturer pour qu’ils finissent par l’avouer : leur principal problème : ce n’est pas le salaire du salarié que l’on n’embauche pas, mais le statut même de salarié.

Cela les syndicats (patronaux, répétons-le, tout autant que salariés), le savent parfaitement, puisque ce problème, c’est eux qu’ils l’ont créé, et qu’il constitue leur justification existentielle.

Car les (petits) employeurs, appliquent, consciemment ou inconsciemment le « théorème de l’embauche » : « le frein à l’embauche est égal ou supérieur au coût appréhendé au moment de cette embauche, d’une éventuelle future débauche ».

Coût d’une débauche que les agissements récents du syndicat patronal, largement ovationnés par les pouvoirs publics, sont venus encore alourdir, comme je le signalais dans l’article auquel je fais référence ci-dessus.

Quand le coût de la débauche devient excessif, celle-ci devient, de fait, impossible. L’employeur conscient de cette réalité… n’embauche plus, ou le moins possible, et surtout pas les publics pour lesquelles l’anticipation d’un futur comportement professionnel est la plus incertaine… les jeunes, par exemple.

À quel moment peut-on considérer que ce stade est atteint ou dépassé ? L’outil de mesure est on ne peut plus simple : il est dépassé quand les taux de chômage sont jugés insupportables par la société. Le remède est alors la simplicité même : il suffit de se référer au théorème ci-avant ! Réduisez le coût réel des licenciements (indemnités, risques juridiques, lourdeur des procédures… ), vous réduisez d’autant le frein à l’embauche : qui voudrait réellement résoudre le problème de l’emploi ferait en sorte de faire tendre ce coût vers un montant aussi proche que possible de zéro.

– Voilà que vous proposez d’attenter au Code du travail ! De rendre les licenciements plus faciles ! D’aggraver la précarité !

Ah bon ? Il faut donc comprendre que nous n’en sommes pas (encore) au stade critique ? En ce cas, les jeunes (et beaucoup d’autres) continueront de (beaucoup) peiner à trouver un emploi.

Et peu importe donc le coût de l’emploi. Voilà pourquoi la proposition du président patronal, acceptée ou rejetée, sera de toute façon… beaucoup de bruit pour rien ! Et voilà pourquoi, petit entrepreneur, je ne m’en soucie pas.

Paris, le 21 avril 2014

C’est encore mieux quand les autres le disent…

Nous avions retenu pour sous-titre d’une brochure que nous venons de publier récemment (Métiers de Services auprès des animaux, http://entreprendre-animaux.audreco.com/metiers-de-services-aupres-des-animaux-de-compagnie/, version gratuite sur Internet) la provocation suivante : « Crise et opportunités : et si c’était le moment d’investir ! »

« Ma recommandation à chacun de mes lecteurs est claire : agissez comme si vous n’attendiez plus rien du politique. Et, en particulier, comme si vous n’attendiez que le pire du nouveau gouvernement. Et pire encore des suivants, quelle qu’en soit la couleur politique. Car, plus on tardera à réformer le pays, plus il sera difficile de le faire. Et les majorités à venir disposeront d’encore moins de moyens que l’actuelle, handicapée par l’inaction de ses prédécesseurs.

Concrètement, cela signifie qu’il convient de ne plus attendre la moindre amélioration des prestations sociales, la moindre baisse des impôts, la moindre création d’emploi public, ou la moindre décision positive d’aucune sorte.

Débrouillez-vous, tel est mon conseil. Cela veut dire : au lieu de rester chômeur et d’attendre une offre d’emploi, formez-vous, créez votre entreprise et votre emploi, avec les crédits encore disponibles ; si vous avez un emploi ennuyeux, inventez vous-même une nouvelle façon de faire votre métier, quel qu’il soit, plus amusante et plus créative. Si votre chef vous ennuie, inventez une façon (il y en a mille) de le contourner, de le neutraliser. Si vous êtes chef d’entreprise, n’attendez pas de baisse d’impôt pour investir ou embaucher ; choisissez votre stratégie au regard du monde comme il est.

Et si cela passe par votre départ à l’étranger, faites-le, sans remords, pour un temps, sans pour autant céder à l’illusion d’exotiques miroirs aux alouettes.

Le monde appartiendra demain à ceux qui, aujourd’hui, auront su renoncer à attendre quoi que ce soit de qui ce soit. De leurs parents. De leurs patrons. De leurs maires. De leurs gouvernants. »

Non ! Cette longue citation, vous l’aurez reconnue, n’est pas extraite de notre livret, mais d’un article publié sur le site « Slate.fr » (http://www.slate.fr/story/85455/debrouillez-vous-attali), et signé d’un certain… Jacques Attali.

Oui, oui, vous avez bien lu, il s’agit bien de ce Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, l’ex-président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, un homme à ce point persuadé du rôle prédominant des états pour le bonheur des peuples, que ce qu’il préconise ce n’est pas moins qu’une sorte de « gouvernement mondial » à glacer dans une commune horreur tous les libertariens de la planète (terre).

Voilà qui donne un poids et un éclairage singuliers au texte ci-dessus, ne trouvez-vous pas ?

Et produit un écho singulier et bien inattendu à notre modeste brochure !

Paris, le 19 avril 2014

Remettre les dames à leur place !

Le téméraire révolutionnaire patron de la subversive organisation dite Medef vient de faire la plus alarmante des propositions : puisque l’évidence des chiffres démontre que le niveau du SMIC écarte sans appel un nombre d’ailleurs pas aussi déterminé que cela de jeunes à entrer sur le marché du travail, abaissons, pour cette seule population, ce niveau rédhibitoire.

Mais, ouf, nous sommes en France, pays de la justice sociale, et la proposition n’était pas susurrée, qu’un concert de protestations indignées, s’élevait de tous côtés pour une unanime indignation !

Protestations admirables, donc, mais la plus admirable d’entre elles provient d’une source que d’aucuns naïfs pourraient juger à ce point inattendue, qu’elle mérite qu’on la souligne : c’est qu’il ne s’agit pas moins que… du prédécesseur lui-même du président terroriste (et, il faut l’espérer, désormais terrorisé par l’effet de son discours), à vrai dire, pour parler le jean-foutre vocabulaire paritaire à la mode, sa « prédécesseure », aïe, voilà que mon ordinateur, décidément réactionnaire, vient de souligner en rouge vif ce mot qui sonne en effet si mal, mais peu importe, continuons malgré tout : c’est bien de l’ex-présidente du ci-dessus syndicat patronal qu’il s’agit !

Et la regrettée présidente (comprenez : non pas tant présidente regrettée par beaucoup, mais plutôt, qui regrette à l’évidence un poste qu’elle avait tant fait pour ne pas perdre) n’y est pas allé de main morte ou plutôt de tweet de dentelle ! Jugez vous-même ! L’odieuse idée de son (odieux ?) successeur, c’est tout simplement… un appel à l’esclavage, pas moins que cela !

Évidemment, certains esprits chagrins (dont le mien ?) relèveront que l’esclave est contraint au travail par la force, un travail non ou à peine rémunéré, tandis qu’un « jeune », même sous-smicardisé, garderait toujours la possibilité de refuser un travail proposé à un prix qu’il jugerait indigne de l’opinion qu’il se fait de ses capacités productives, il n’empêche, ce que je crains, c’est que le propos de l’ex-présidente n’obtienne pas tout l’écho que cependant il mérite.

Injustice qui n’est que la conséquence d’une injustice plus vaste, que je veux ici dénoncer, avec la plus grande fermeté.

En effet, qui ne connaît la « dame des trente-cinq heures » ? Et le rôle si fondamental (en bien ou en mal, la question n’est pas là) joué par ladite dame dans le développement de l’emploi dans notre pays ?

Eh, bien c’est là toute l’injustice ! C’est que, pour l’emploi, et personne ne le sait ou ne le dit, la « prédécesseure » a sans doute fait au moins autant, et sans doute beaucoup plus, que la célébrissime dame ! Alors, pourquoi cette absence de reconnaissance ?

Oui, l’ex-présidente, à l’issue d’une héroïque négociation, a signé avec les syndicats salariés l’accord national interprofessionnel du 19 juin 2013, précipitamment avalisé par l’article D1235-21 du Code du travail.

Un article, qui sans avoir fait grand bruit, change beaucoup cependant !

Voyons cela ! Tous les employeurs, s’ils ne sont pas de la toute dernière rosée, savent ce qu’est une « audience de conciliation devant le conseil des prud’hommes » ! L’ultime chance avant la roulette russe inversée que constitue pour eux le tribunal des prud’hommes (roulette inversée : le barillet est chargé de toutes ses balles, moins une seule…). Dans de très nombreux cas, l’occasion à ne pas manquer d’un accord parfois mauvais, mais qui vaudra souvent bien mieux, selon l’expression consacrée, qu’un bon procès. Pour les deux parties d’ailleurs, le procès ne se révélant dans la majorité des cas une bonne affaire que pour… les avocats de ces parties…

Sauf que… sauf que désormais, il faut compter avec… précisément l’article cité ci-dessus ! Qu’il est plus simple de citer :

« Lorsqu’un litige portant sur un licenciement est réglé devant le bureau de conciliation du conseil des prud’hommes saisi, une indemnité forfaitaire de rupture peut s’appliquer en fonction de l’ancienneté du salarié.

L’indemnité forfaitaire de conciliation ne peut être inférieure à un certain montant, fixé selon le barème suivant :

pour une ancienneté inférieure à 2 ans : 2 mois de salaire,

entre 2 ans et moins de 8 ans d’ancienneté : 4 mois de salaire,

entre 8 ans et moins de 15 ans d’ancienneté : 8 mois de salaire,

entre 15 ans et 25 ans d’ancienneté : 10 mois de salaire,

pour une ancienneté supérieure à 25 ans : 14 mois de salaire.

Par ailleurs, les parties peuvent se mettre d’accord sur des montants d’indemnisation plus élevés. »

Ce dernier (surprenant) paragraphe achevant de mettre les humeurs (des employeurs) au beau fixe, on s’en doute !

Et pour ceux dont l’optimisme reste décidément chevillé à l’âme, précisons qu’il ne s’agit pas d’une indemnité forfaitaire, mais que celle-ci vient, bien au contraire, s’ajouter à toutes les autres, qui restent intégralement dues

8 mois, 10 mois, 14 mois ! Augmentés des autres indemnités…

Des sommes, qui n’avaient rien d’inhabituel dans les grandes entreprises, c’est vrai. Ce qui explique bien sûr la complaisance de l’ex-présidente.

Mais des sommes à faire exploser les trésoreries déjà souvent exsangues de combien de petites entreprises ?

Bien sûr, l’employeur peut décider de ne pas concilier… qu’il prenne garde cependant ! Ce qui est à prévoir, c’est qu’une rapide et prochaine jurisprudence ne fasse des montants ci-dessus la « norme », ou mieux, le « minimum » de sa future condamnation. Bien sûr, il pourra toujours « faire appel » de la décision des prud’hommes ! Ce qui le précipitera droit dans… un mur, qu’il n’est plus nécessaire de qualifier, tant il est devenu à tout jamais officiel… Bon vent !

En même temps, quel salarié licencié ne trouvera pas désormais opportun conseiller pour lui inspirer la sage décision de poursuivre son (méchant) employeur ? Qui voudrait renoncer à de telles indemnités, non pas potentielles, mais quasi certaines ?

Le cas le plus extraordinaire, mais prévisible, sera celui d’un litige portant sur des sommes d’un montant inférieur ou très inférieur à celui de l’indemnité ! Impossible désormais pour les parties de s’entendre en conciliation !

Aujourd’hui, nombre de plombiers, d’électriciens et autres artisans, dont les téléphones et les boîtes mail sont saturés d’appels au secours, qui leur permettraient d’assurer deux, trois, dix, vingt emplois, préfèrent travailler seuls ou à la rigueur en famille ; jugeant plus sage de faire attendre leur clientèle, que d’attendre les soucis sociaux. Mais qu’en sera-t-il quand ces acteurs auront intégré le magnifique cadeau laissé à la postérité entrepreneuriale par l’ex-présidente du syndicat des (très) grandes entreprises ?

Point n’est besoin d’être devin pour anticiper que les embauches pourraient encore se raréfier et que les anciennetés de plus de huit ans se révéler demain l’exception !

Quant aux tribunaux, je suggérerais de supprimer désormais l’étape de la conciliation, qui n’aura plus aucune raison d’être, et de multiplier par quatre les effectifs desdits tribunaux, pour éviter à ces derniers un engorgement définitif.

Quand je vous disais que la dame du Medef méritait de l’emporter en réputation comme en admiration sur celle des 35 heures ? Voilà qui donne tout son éclairage à sa vertueuse indignation !

Paris, le 15 avril 2014