Jupe sexyste…

Un taux de chômage des jeunes qui dépasse 22 %, taux qui n’avait encore jamais été atteint en France, et cela malgré tous les maquillages d’emplois imaginables, contrats aidés, financés, subventionnés, trichés, pipeaux… Aucun espoir d’aucune amélioration pour le court ou le moyen terme… on penserait naïvement qu’il y a là matière à préoccuper nos jeunes lycéens et leurs studieux professeurs ! Hé bien non, pas du tout ! Voilà qui laisse manifestement de marbre et les uns et les autres !

Une dette extérieure de 1 950 milliards, soit 30 000 euros par Français, un taux d’endettement qui dépassera 95 % du produit intérieur brut à la fin 2014… une crise économique qui menace de nous éclater à la figure, quand tous nos voisins voient leur horizon s’éclaircir ? Ah non, pas plus, pas de problème, pas de souci de ce côté-là !

La France engagée militairement et conjointement au Liban, au Tchad, dans le Golfe de Guinée, au Kosovo, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, dans le Golfe d’Aden ? Même pas peur ! Le bourbier malien, celui de Centrafrique ? Même pas grave !

L’Ukraine qui pourrait jouer Sarajevo bis, la Syrie, où un monstre est combattu par encore plus monstrueux que lui, l’Iran, qui marche allégrement vers la bombe, en déclarant le plus tranquillement que le destin naturel d’Israël est de disparaître, et tant d’autres ombres mortellement menaçantes sur le théâtre du monde… mais de quoi parlez-vous ?

C’est que, nous apprend-on, le seul, le vrai souci de nos lycéens et de leurs professeurs, c’est pour un danger autrement grave, autrement menaçant que toutes les peccadilles que je viens d’évoquer ! Oui, ce qui menace réellement la France aujourd’hui, l’ennemi à combattre, l’hydre à abattre de toute urgence, en mobilisant toutes les énergies nécessaires, c’est le… sexisme ! Le sexisme, pas moins que cela !

Au fait, le sexisme, c’est quoi ? C’est avoir une attitude discriminatoire envers les personnes du sexe que l’on n’a pas. Ne cherchez pas : les méchants hommes contre les pauvres femmes !

Et que faire pour lutter contre ce terrible danger qui menace à nos portes ? Se M O B I L I S E R ! C’est du côté de Nantes que vient la solution : les filles de cette bonne ville n’y sauvent plus les prisonniers, mais les garçons de là-bas sauvent les filles ! Comment ? En portant, courageusement, leur jupe ! Ah bon ! Mais où ? Dans leurs lycées ! Et les professeurs laissent faire ? Au contraire, ils encouragent ! Ils donnent des bons points aux garçons enjupés ? Non, mais ils distribuent des tracts avec en-tête de l’académie, tracts dont leur ministre, avec un aplomb typiquement socialiste, s’empresse de nier l’existence ! Pourquoi ? On ne sait pas. Et les parents dans tout cela ? Les parents aussi sont d’accord, ils trouvent cela très bien ! Décidément, le prisonnier de Nantes n’y retrouverait pas son monde !

Bon, il y a tout de même des gagnants : ce sont les marchands de jupes ! Les filles n’en portent pratiquement plus, mais si les garçons s’y mettent, le métier n’est pas fichu ! De « sexy », la jupe devient « sexyste »…

Mais, petite question, si tout le monde est d’accord, à quoi cela peut-il servir ? Quand on applique les consignes relayées par son académie, encouragées par ses professeurs, et avec la bénédiction de Papa et Maman, on n’est plus dans la provocation, mais dans le plus banal conformisme. Le coup de la jupe, à mon humble avis, dans les lycées de Nantes, c’est brûlé ! Pour que cela ait encore un sens, il faut essayer cela ailleurs. Par exemple dans un pays réellement sexiste ! Un pays où les femmes n’ont effectivement pas les mêmes droits que les hommes, où il leur est par exemple interdit de conduire une voiture, où elles sont lapidées au moindre soubresaut de liberté sexuelle, où les maris peuvent les battre, ou divorcer, sans leur consentement, et sans leur devoir quelque indemnité que ce soit, où les jeunes filles sont mariées consentantes ou non… une liste discriminante qui prendrait des pages !

Si l’on craint la longueur d’un voyage, point n’est besoin d’ailleurs de courir au loin : il doit bien y avoir quelques cités de « non-droit » à Nantes, ou dans les environs, où il serait très intéressant de constater l’effet qu’y produiraient nos lycéens… à prévoir un fameux moment de rigolade !

Si nos héros veulent pourtant ménager leurs minois, voire leurs postérieurs scolaires, on ne peut cependant que leur recommander un sérieux allongement de la jupe révolutionnaire, vers le bas comme vers le haut, genre un peu soutane, mais sans les boutons, et avec des coloris tirant vers le crème ou le marron… Parce que, dans de tels endroits, les hommes ont intérêt à s’afficher en hommes et parce que la tolérance pour les comportements qui s’en écartent est voisine du zéro absolu… certains devraient y réfléchir.

C’est que, s’il s’agit de combattre le sexisme ailleurs en France, chers lycéens, laissez tomber, et retournez à vos études, ce sera plus utile pour tout le monde ! Et faites des recherches personnelles, sans nécessairement tenir pour certaines toutes les assertions de vos professeurs. Bien entendu, les sexistes sont des imbéciles, mais ceux qui prônent l’indifférenciation sexuelle le sont plus encore : malgré l’intolérance et la véhémence de ces derniers, un certain chromosome Y continue de leur résister, avec une admirable détermination, chromosome commun à la plupart des mammifères mâles, mais aussi à beaucoup d’autres êtres vivants, et que l’on rencontre… jusque chez certaines plantes ! N’en déplaise à beaucoup, on ne devient pas mâle ou femelle, on naît, ou plus exactement, on est mâle ou femelle, non pas dès la naissance, mais… dès la conception ! Les femelles de toutes ces espèces présentent des paires de chromosomes, représentées XX, alors que les mâles présentent une paire dissymétrique XY. Les femelles transmettent l’un de leurs chromosomes, mais c’est donc toujours un X. Les mâles transmettent un X ou un Y, avec la probabilité d’une chance sur deux. La descendance sera un mâle si le chromosome Y a été transmis.

Mais pour autant, les mâles auraient tort de pavoiser : la biologie nous apprend que le vivant a commencé par des paires de chromosomes XX, et que le chromosome Y apparaît comme une sorte d’accident qui a trouvé le moyen de survivre ! D’ailleurs ce chromosome est si petit, si diminué qu’on a commencé par… ne pas le voir ! On a d’abord cru que les mâles se distinguaient par la présence d’un chromosome unique ! Par la suite, on s’est rendu compte qu’un aléa sur l’un des chromosomes d’une paire XX, a souvent  pour conséquence de produire un individu non viable, ou développant des tares plus ou moins significatives, mais de toute façon de sexe masculin… de près ou de loin, on peut biologiquement soutenir qu’un mâle est toujours une femelle qui a mal tourné… Voilà de quoi sérieusement relativiser toute velléité de machisme, n’est-ce pas ?

Soutenir que c’est l’environnement qui détermine le sexe est vrai, mais seulement pour un nombre limité de reptiles, exclusivement ovipares : chez ces animaux, dont toutes les paires, pour les mâles comme pour les femelles, sont XX, la différenciation se fait par la température d’incubation des œufs pendant la période embryonnaire. (Dans de nombreux cas, les températures basses ou élevées produisent des femelles, les températures intermédiaires, des mâles.)

Reconnaître de réelles et profondes différences entre mâles et femelles, et plus particulièrement entre hommes et femmes, ce n’est pas du sexisme, c’est du bon sens. Et c’est soutenir le contraire qui est faire preuve d’aveuglement comme de sectarisme, au contraire de ce que veulent faire croire nos professeurs gauchistes, et les prosélytes du mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels). Quant au sexisme, s’il est effectivement à combattre, il faut le combattre là où il s’exprime, c’est à dire en clair, dans la plupart des pays musulmans, ce que se gardent d’ailleurs bien de faire tant les uns que les autres. Parce que nos sociétés occidentales sont tout, sauf sexistes, tout comme elles font montre d’une grande tolérance envers tous les comportements autres qu’hétérosexuels. Il est temps de le dire et de le dire avec force : cela est si vrai qu’il n’est nul besoin de lobbies pour défendre des « droits » que personne ne conteste, et encore moins d’encombrer les cerveaux de nos adolescents avec des problèmes qui ne se posent pas.

Mais la vérité, c’est que notre tolérance, ou notre indifférence, ne suffisent pas du tout à ces lobbies. Ils veulent beaucoup, beaucoup plus ! Ce qu’ils réclament pour eux, la tolérance, ils n’en veulent à aucun prix pour les autres ! Sectaires et totalitaires, il ne leur suffit pas de pouvoir vivre leur vie à leur guise ! Leurs modes de vie, leurs idées, leurs concepts, ils veulent en faire la norme, la référence, jusque, ou en priorité dans les écoles !

Je vous entends d’ici : « bien sûr, c’est comme toujours, c’est Georgel, il exagère, il dramatise… » !

Mais allez donc vous promener sur les sites de ces obédiences ! Vous y découvrirez, par exemple, comment ils lorgnent, sans la moindre honte, du côté de nos enfants !

Mais savez-vous quel pourcentage de la population représentent, dans les pays occidentaux, les personnes que par simplification je continuerai d’appeler « autres qu’hétérosexuelles » ? Bien sûr, le secret nécessaire des alcôves ne permet pas de statistiques précises, mais sur leurs sites, les intéressés eux-mêmes ne s’annoncent pas plus nombreux que… 4 à 6 %.

Maintenant, savez-vous quel est le pourcentage des députés européens à faire partie de l’intergroupe LGBT ? 25 % ! Vous avez bien lu ? Un député sur quatre ! 25 % de la force politique pour représenter 4 % d’une population ! Il y a là, n’est-ce pas, comme un problème ! Nombreux sont les auteurs à dénoncer ou au moins reconnaître le divorce économique entre les peuples européens et leurs représentants. Mais sur le plan « sociétal » (pour parler comme ces gens-là), il ne s’agit plus de divorce, mais bien d’un abîme ! Étonnez-vous, après cela, que les honnêtes gens n’aillent plus voter !

Voter ou ne pas voter, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Mais ce dont je suis sûr, c’est que les hétérosexuels (l’immense majorité) doivent cesser de se laisser mener par le bout du nez de faux bons sentiments ! Oui, hommes et femmes hétéros, mariés, parents, nous sommes fiers de ce que nous sommes, de ce que nous avons reçu et de ce que nous entendons transmettre, et nous entendons bien conserver le droit d’éduquer nos enfants (nos petits enfants) comme nous pensons qu’ils doivent l’être. Notre message aux professeurs gauchistes et aux députés LGBT doit être clair : la tolérance, oui, mais pas touche à nos enfants, parce que là, nous pourrions devenir féroces !

Lycéens de Nantes, la jupe, ce n’était peut-être pas vraiment une bonne idée…

Paris, 25 Mai 2014

Mon légionnaire

Il n’a pas fallu attendre longtemps !

Dans un précédent billet, je m’indignais de ce que les médias s’indignassent d’un soi-disant comportement méprisable de témoins qui avaient assisté sans réagir à l’agression à caractère sexuel d’une jeune femme dans le métro lillois. Pour vous le résumer au plus court je disais : « Réagir, soit ! Mais quelles en seront les conséquences, en cas d’incident, ou d’accident, dans le pays de la justice de Madame Taubira ? »

Quelques jours plus tard, la Gare du Nord apportait une réponse sans appel à mon interrogation : un légionnaire (circonstance de toute façon aggravante), avait retourné l’arme d’un agresseur contre celui-ci, provoquant la mort non pas de l’agressé, comme le déroulement de l’histoire l’eût normalement exigé, mais celle de l’agresseur !

Réaction immédiate de la société française : mise en prison de l’agressé !

Imaginez cela ! Un légionnaire ! A priori, donc, un individu bien peu recommandable ! En face de lui, un pauvre dealer, seulement équipé d’un misérable couteau ! Le vilain légionnaire refuse d’acheter de la drogue au  pauvre dealer ! Peut-on être plus méchant ! Le dealer s’énerve, attaque avec son arme. Scandale ! Le légionnaire à l’outrecuidance de se défendre ! Bagarre, incertitude de tout affrontement physique extrême. C’est le dealer qui meurt. Insupportable. Ce soir-là, malgré son courage, et sans aucune considération pour l’état émotionnel d’un homme qui vient d’affronter pareille épreuve, le légionnaire dormira en prison.

Mis « en examen », cela va de soi, c’est tout de même un minimum !

Qu’il se rassure cependant ! Il peut bien sûr compter sur l’extrême mansuétude et la profonde compréhension de son juge d’instruction. Un juge qui n’aura pas renié un certain mur… car aucun ne l’a fait !

Qu’il se rassure cependant ! En France, nous avons une ministre de la justice, une vraie ministre pour une vraie justice ! Légionnaire contre dealer ! Aucun doute, chacun devine de quel côté la ministre va pencher…

À mon avis, un légionnaire qui eût mieux fait de ne pas se trouver un certain soir dans une certaine gare de l’est d’un certain pays…

Mais il y a tout de même quelque chose de bizarre : le silence soudain de ces mêmes journaleux qui s’étaient pourtant montrés si vifs et unanimes à jeter l’opprobre sur « les témoins de Lille » !

Paris, mercredi 16 mai 2014

Je me répète – un peu ? Oui, mais c’est exprès !

Le bruit médiatique n’a peut-être pas encore effacé cela complètement de votre mémoire : récemment, Monsieur Gattaz, le président de notre Medef national a eu l’outrecuidance de susurrer le début d’une proposition visant à permettre aux jeunes gens d’intégrer plus facilement (moins difficilement ?) le monde du travail : l’instauration, pour une période limitée, d’un SMIC atténué, moins dissuasif pour les entreprises.

Ce disant, le patron des patrons était certainement sans illusion quant à l’écho que produirait sa proposition sur une partie de l’opinion. Il n’empêche ! Il aura sans doute été surpris, au moins autant que la plupart d’entre nous, de l’origine de l’une des réactions parmi les plus virulentes, puisqu’il ne s’agit pas moins… d’un autre patron, à vrai dire une patronne, et non des moindres : l’ex-présidente du même Medef, Dame Parisot, en personne ! Allée jusqu’à déclarer son prédécesseur dans le fauteuil qu’elle avant tant fait pour ne pas quitter, d’esclavagiste ! Esclavagiste, pas moins que cela !

Dans un précédent billet dont le titre, j’en conviens, pourrait me valoir tout à fait injustement les pires accusations de phallocratie : « Remettre les dames leur place ! », auquel je renvoie (modestement) mon lecteur, je démontrais en effet toute l’importance qu’il convenait d’apporter au point de vue d’une personne destinée à avoir sur le destin de l’emploi un rôle au moins aussi important, sinon plus encore, que celui d’une autre, souvent nommé la « dame des 35 heures ». Je ne reviens donc pas sur ce point, mais sur les réflexions qu’inspirent à un « petit patron » les explications complémentaires apportées par la virulente accusatrice, manifestement ravie de se trouver plusieurs fois interviewée. À se demander si tel n’était pas là son objectif premier ?

Passons d’abord sur une certaine confusion dans le discours de la dame, qui semblerait parfois dire que l’actuel SMIC aurait été porté au-delà du souhaitable ; mais comme l’instant d’après, elle soutient, la voix vibrante de douloureuse indignation, qu’on ne peut pas « vivre avec le SMIC »…

Ou encore sur certaines affirmations facilement péremptoires, comme celle-ci : le SMIC serait une invention des libéraux… Raccourci très osé ! Qui occulte que si, de fait, le SMIG, ancêtre du SMIC est une création d’Antoine Pinay, ce modèle originel se distingue à ce point de son successeur qu’il n’est pas certain que son inventeur continuerait d’en revendiquer aujourd’hui la paternité. Mais qui ignore surtout que dans leur grande majorité, les libéraux sont au contraire totalement et PAR PRINCIPE, opposés à toute notion de salaire minimum.

Ce qui nous conduit à l’argument central défendu par l’ex-présidente : une dévalorisation même limitée dans le temps et dans le public du salaire minimum reviendrait à une « dévalorisation de la valeur travail ». Pas moins que cela !

On pourrait être tenté de discuter ce point de vue, en montrant par exemple que la « valeur travail » d’un primo employé pourrait être inférieure à celle d’une personne plus expérimentée, et qu’il ne serait donc pas si anormal qu’elle fut payée moins cher. Ce serait là, à mon avis, une erreur grave, car elle nous ferait entrer dans le système de pensée qui conduit à la déroute actuelle ! C’est que l’idée même d’une « valeur du travail » est en réalité un concept marxiste : un échange entre un acheteur et un vendeur du travail, avec nécessairement un gagnant et un perdant, ce qui justifie l’intervention de l’État ou des partenaires sociaux étrangers à l’entreprise pour réguler le partage de la richesse.

À l’opposé d’un tel point de vue se situent les horribles libéraux, qui ont l’outrecuidance de défendre que dans un marché libre du travail, sans contrainte de prix par conséquent, on n’a plus un entrepreneur riche, paresseux et assoiffé de sueur ouvrière, qui entend payer celle-ci le moins cher qu’il pourra, rien du tout s’il le pouvait, mais la conjugaison d’un créatif porteur de projet et d’une équipe adhérente à ce projet, projet créateur de sa propre richesse ; échange productif de bénéfice pour chacune des parties : sinon, il n’aurait tout simplement pas lieu !

Dans le cadre d’une pensée libérale, à laquelle semble se référer (mais faussement) l’ex-présidente, il ne saurait y avoir atteinte à une quelconque valeur travail, tout simplement parce que, pour cette pensée, le travail n’a pas de valeur en soi (école autrichienne, Milton Friedman…) : même en étant aussi méchants que sont réputés l’être les employeurs, on ne saurait nuire à quelque chose qui n’existe pas. La valeur d’un bien ou d’un service n’est pas la quantité de travail et de capital technique nécessaires à la production du bien ou du service (conception marxiste). Mais pour un libéral, seule compte la hauteur d’un éventuel « désir » d’au moins un individu pour ce bien ou pour ce service.

En l’absence de désir, il n’y a tout simplement pas de valeur.

Il serait tout aussi faux de croire que ce désir pourrait être mesuré par un prix : il y a le prix, c’est vrai, mais aussi toutes sortes d’autres considérations objectives ou non, conscientes ou non, qui entourent l’idée que l’on se fait de l’objet éventuellement désiré.

Dans le cas du travail, le prix n’est que l’un des éléments constitutifs de l’éventuel désir d’un entrepreneur de s’associer le partenariat de salariés ; les innombrables risques liés au statut d’employeur pèsent bien souvent beaucoup plus lourdement que le montant du salaire.

Et parmi ces risques, le coût d’une éventuelle débauche devenue nécessaire. Coût que l’ex-présidente a précisément lourdement (et quasi clandestinement) alourdi, comme je m’en explique dans mon billet cité plus haut, et comme vont peu à peu le découvrir les employeurs, les dissuadant toujours plus d’avoir recours à l’emploi salarié. Et à cela, c’est vrai, la proposition de Monsieur Gattaz n’apporte aucun remède.

Madame Parisot pourra s’enorgueillir d’avoir œuvré de la manière la plus efficace pour la conservation de la valeur travail ! Suscitant plus de répulsion que de désir, ladite valeur ne craint désormais plus l’usure de trop excessives utilisations…

L’ennuyeux, me direz-vous, c’est que des porteurs de projets (les entrepreneurs), dissuadés de partager leurs projets, font des embauches toujours plus rares.

C’est que l’on peut contraindre les porteurs de projet à n’embaucher que dans le cadre d’un salaire minimum.

Mais on ne peut pas (pas encore ?) les contraindre à embaucher.

Paris, 15 mai 2014

Indignation trop facile ?

On en a tant parlé que personne ne peut plus l’ignorer : une jeune femme a été agressée dans le métro lillois, en présence de témoins qui sont restés passifs.

Indignation nationale ! La gent journalistique, aux abois ! La gent politique, aux menaces ! Non-assistance à personne en danger ! Amende, prison, les mots sont doctement prononcés…

Bien entendu, rien de tel ne serait advenu si un seul de tant de beaux parleurs se fut compté parmi les lâches témoins, qui ne l’eussent donc pas été. Nul doute que tous ces héroïques eussent immédiatement trouvé le moyen de faire cesser les choses, et protégeant la victime, de mettre le voyou hors de nuire. Ben voyons !

Comment eussent-ils fait ? Auraient-ils demandé, poliment, bien sûr, au méchant agresseur de bien vouloir cesser d’agresser ? Bon. Mais si l’agresseur avait continué d’agresser ? Ou pire, menacer de changer de victime ?

Et vous, me demandez-vous, qu’auriez-vous fait ?

Puis-je vous le dire franchement ? Cela dépend. Cela dépend de quoi ? Cela dépend du lieu où se produit l’agression. Le lieu ? Non, à vrai dire pas tant le lieu, que le… pays !

Le pays ? Oui, le pays. Expliquez-vous !

Soit. Je puis vous en parler, parce que précisément, il s’agit d’une situation que j’ai connue. Ailleurs qu’en France, je fonce. Et je n’y ai pas tellement de mérite, parce que je ne suis pas le seul ! C’est même le contraire ! Tout le monde fonce ! Et c’est tant pis pour le délinquant, qui a bien des chances de s’en trouver plus ou moins mal !

Est-il blessé ? Oui, cela peut se produire. Que se passe-t-il ensuite ? Un ou plusieurs représentants de l’ordre finissent par apparaître, ils se chargent de la suite. Non sans nous avoir tous félicités pour notre détermination. Au plus, on note nos noms et nos adresses. Pour être les témoins du futur procès du délinquant. Et puis, nous rentrons chacun chez soi.

Et que faites-vous en France ? Oh ! Là, je serai beaucoup plus circonspect ! Supposez par exemple, qu’au cours de l’échauffourée à prévoir, moi, et ceux qui agiraient avec moi, en viennent à blesser, par maladresse, par hasard, le vilain agresseur ? La suite, chacun la connaît ! L’agresseur ne l’est plus, c’est une victime ! Quant à nous, nous sommes tous mûrs pour, au minimum, une garde à vue garantie ! Voire des poursuites, des années de procès et soucis… Une telle perspective, voilà qui donne à réfléchir… C’est que dans le pays de Madame Taubira, le délinquant à bientôt fait de n’être pas celui qu’on croit !

Mais qui vous demande d’intervenir ? Il vous suffit de téléphoner, de solliciter les forces de l’ordre, de tirer la sonnette d’alarme… On croit rêver ! Candeur ! Naïveté ! Ou pure hypocrisie ? À supposer que l’appel rencontre quelque écho, ce qui est loin d’être certain, qui peut croire qu’il serait suivi d’un effet assez rapide pour sauver l’agressée ? Qu’il se rassure, l’agresseur dispose de tout le temps nécessaire à son forfait ! Et même celui de le renouveler, si l’envie lui en reste.

Téléphoner ? Allons, disons-le, autant avoir la franchise de ne rien faire.

Tiens, c’est exactement ce qu’ont choisi les témoins de Lille…

À ce sujet, au hasard d’une vie quelque peu voyageuse, deux épisodes.

En France. Plus précisément, à Paris. Rue de Tolbiac. Je « fais la queue » devant un distributeur automatique. Devant moi, une jeune femme semble avoir des difficultés avec le distributeur. Un passant, surgi par hasard, se propose de l’aider. J’attends mon tour, en pensant à autre chose. Soudain, la jeune femme crie. Le passant court. « Il a pris mon argent et ma carte bleue », crie la jeune femme. Je peine à revenir à la réalité, à prendre conscience du réel. Ce n’est pas le cas de deux noirs athlétiques qui faisaient la queue derrière moi. La jeune femme n’a pas crié qu’ils se sont élancés. Le plus rapide a tôt fait de rattraper le voleur, qu’il projette au sol. Clé de bras. Le voleur braille, on lui reprend son butin. Mais voilà que la jeune femme… prenant le parti du voleur, insulte les courageux intervenants, leur reproche leur brutalité, demande qu’ils relâchent leur prisonnier… rapidement, on s’attroupe, on menace… non pas le voleur, mais les héros… qui rapidement dégoûtés, haussant les épaules, laissent s’enfuir le voyou et délaissent la scène. Seul, j’irai les féliciter, ils ne me cachent pas leur dégoût… et m’assurent qu’on ne les y reprendra plus, mais plus jamais…

Australie, Sydney. La baie de Sydney est systématiquement parcourue d’un véritable réseau de bateaux bus qui relient ses différents sites. Venant de Manly en direction de Sydney, nous sommes, ma femme et moi, dans l’un de ces bateaux bus. Accostage, on annonce que nous allons pouvoir débarquer. À ce moment, deux individus arrachent le sac d’une dame assise devant nous, et partent en courant. Ma femme crie, indignée. Les voyous n’ont pas couru vingt mètres que vingt bras de dix gaillards, aussi solides que déterminés, les ont rattrapés, aussitôt maîtrisés. La foule applaudit. Deux policiers interviennent, les voyous sont menottés. Bizarrement, on les devine plutôt soulagés. C’est que le comportement de la foule ne leur laisse pas de doute, en l’absence des forces de l’ordre, un certain parfum de lynchage…

Les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent, dit l’adage. On pourrait dire aussi : les peuples ont les citoyens qu’ils méritent.

De vous à moi, que serait-il advenu au courageux intervenant qui aurait blessé (ou plus), l’agresseur du métro ? Au très humble avis de votre serviteur, c’est peut-être un peu hâtivement que l’on a blâmé les « témoins de Lille ».

Nota : pour compléter (et conforter ?) cette analyse, je renvoie mon lecteur à ce très intéressant article qui, je le reconnais, va beaucoup plus loin que moi, publié sur le site « Hashtable » : http://h16free.com/2014/04/29/30738-agression-lilloise-doit-on-vraiment-compter-sur-la-collectivite ! 

Paris, le 1 Mai 2014

Les mouches du coche

Du temps de Jean de la Fontaine, il y en avait qu’une, en tout cas une seule par coche.

Quel progrès depuis ces temps reculés ! La mouche du coche est devenue nuées… Avec cette interrogation : les mouches sont-elles plus utiles quand elles sont plus nombreuses ?

« L’emploi, l’emploi, tout pour l’emploi, nous faisons tout, tout, tout pour l’emploi », bruissent les mouches autour du carrosse que ses chevaux poussifs ne font plus avancer.

C’est que ces pauvres rosses ne sont pas seulement épuisées, elles sont en plus profondément démoralisées ! Les mouches peuvent tenir tous les discours du monde, cela ne change rien au fait que le carrosse est toujours plus lourd, et qu’aucun espoir d’allégement ne se distingue à l’horizon !

« Mensonges, buzzent les mouches, nous, les gentilles mouches, nous soulageons le carrosse, nous allégeons les charges que nous faisons peser sur les entreprises !

– Mais c’est très bien, mais c’est très mal ! » Chez le bon peuple, les avis diffèrent, sauf sur le préalable, celui de la baisse des charges : chez le bon peuple, chacun se croit fondé à croire ce que buzzent les mouches.

Mais rosses dans les brancards sont comme patrons dans leurs boutiques : ils savent trop bien que si nombreuses et si buzzantes qu’elles puissent être, les mouches n’ont ni le pouvoir, ni même la volonté, de faire avancer quelque charrette que ce soit : le seul pouvoir efficace de ces dernières étant celui de les enquiquiner un peu, beaucoup, énormément. Énormément les plus souvent.

Il faut en effet être nul en mathématiques, ou encore énarque, pour ne pas voir cette évidence que si je retire X euros de charges aux producteurs, pour accabler de ce même montant leurs clients, la quantité d’argent Q susceptible de transiter des seconds vers les premiers est égale à : Q + X – X = Q, c’est-à-dire qu’elle ne change pas d’un centime, il s’agit par conséquent d’une mesure bruyante et inutile, un buzz de… mouches, au résultat parfaitement connu d’avance.

Je vous entends d’ici : « l’export, l’export ! Si les salaires baissent en France, nos entreprises pourront exporter plus, et donc, employer plus ! Cela tombe sous le sens ! »

Un sens qui sonne comme un écho, l’écho d’autres mouches, moins nombreuses certes, mais pas moins mouches cependant, puisqu’il s’agit des mouches d’organisations qui pour être (soi-disant) patronales, n’en sont pas moins financées par les premières… cela les fait-elles réellement plus crédibles ?

À supposer, ce qui reste à démontrer, que le fait d’appauvrir l’ensemble de nos concitoyens soit de nature à enrichir nos entreprises exportatrices, qui peut croire, sérieusement, que cela diminuera significativement le nombre de nos chômeurs ? Et que celles-ci ne choisiront pas, sans doute avec bon sens, d’investir ces marges nouvelles en équipements, en robots, de nature à augmenter leur productivité ? Ce qui pourrait se traduire, non par une augmentation, mais par une diminution du nombre de leurs salariés !

Mais qui donc a un besoin, aujourd’hui, tout de suite, et sans réels investissements préalables, d’une main-d’œuvre plus nombreuse, qualifiée ou non ? Les grandes entreprises ? De qui se moque-t-on ? Les entreprises exportatrices, grandes ou petites ? Bien sûr que non ! Leurs exportations leur garantissent déjà les marges nécessaires à leurs besoins d’embauches ! Mais qui alors ? Tous les Français le savent, si les mouches politiques continuent de l’ignorer : tous les artisans, tous les commerçants, tous les patrons de petites ou moyennes entreprises, qui travaillent pour le marché national, et qui tous, sont débordés, exténués, épuisés de travail, qui tous, se trouveraient tellement soulagés de pouvoir se faire aider !

Pourquoi ne le font-ils pas ? Pourquoi n’embauchent-ils pas ? Cela aussi, tous les Français le savent ! Il suffit de le demander aux syndicats, aux conseils des prud’hommes, aux juges du « droit (!) » du travail ! Ils ne le font pas, répétons-le, répétons-le encore, même si les chances d’être entendu sont bien faibles, parce qu’ils jugent qu’aujourd’hui, les risques liés à l’embauche sont devenus excessifs, insupportables. La preuve de ce que j’avance ? Ces quelque quatre millions de petits entrepreneurs qui se retiennent d’embaucher ! Tenez : supposons seulement qu’un nouvel environnement conduise, ne serait-ce que la moitié d’entre eux à n’embaucher ne serait-ce qu’un seul collaborateur ?

 « Un nouvel environnement, que voulez-vous dire ? » Le buzz ! Les mouches, soudain surexcitées, buzzent à qui mieux mieux… Buzzent tant et si bien qu’on entend plus ni mules, ni patrons !

Mais pendant ce temps, le chariot continue de rester enlisé.

Paris, le 30 avril 2014