La guerre ou la « com » ?

Je rappelle le contrat que j’ai passé avec moi-même : ne dire ici que ce je ressens profondément, mais dont il me semble ne trouver l’écho nulle part. Dit autrement, je le dis parce que je crois qu’il faut bien que quelqu’un le dise… Et c’est particulièrement le cas du présent billet. 

Imaginons ensemble l’histoire suivante : morbide, j’en conviens, mais je n’ai trouvé aucun autre moyen de soutenir ma démonstration. Un père de famille reçoit un appel téléphonique ; son interlocuteur explique qu’il lui a enlevé ses quatre enfants, et qu’il est prêt à faire sauter sur-le-champ la cervelle de l’aîné d’entre eux, s’il n’est pas répondu favorablement et dans les plus courts délais, à telle injonction (peu importe cette injonction), puis raccroche.

Cette tragique situation se médiatise, une chaîne de télévision interroge le père de famille, et diffuse l’interview. Au cours de cette interview, le père explique, virilement à l’abri dans son appartement, que de toute façon, il est déterminé à ne céder à quelque chantage que ce soit, tandis que sa femme à ses côtés explique : « qu’elle n’a pas peur ! »

Petite question : même sans être fin psychologue, particulièrement averti des modes de pensée des psychopathes, quelles chances donnez-vous à cet aîné de la famille ? Ou dit autrement, que peut faire le psychopathe après une telle interview, s’il veut pouvoir continuer normalement sa carrière de psychopathe et ne pas se voir pris définitivement pour un pitre sans conséquence ?

Vous me direz que mon histoire n’est pas réaliste : aucune chance de trouver aucun couple de parents pour un comportement à ce point stupide. Et, à bien y réfléchir, je ne puis qu’être de votre avis. Soit. Cependant, modifions quelque peu les termes de notre scénario. Le père n’est plus un père, mais un président. La mère n’est plus mère, mais l’un de ses ministres. Il n’y a donc plus d’enfants, mais des citoyens. Et l’aîné de tantôt est otage, aux mains d’un groupe terroriste. Pour le reste, on ne change rien. Le président déclare au monde entier, c’est-à-dire à la télévision, que la « France », c’est-à-dire lui, ne « cédera à aucun chantage ». Et son ministre déclare haut et fort que la « France n’a pas peur » ! Et ma question demeure : quelles chances le ministre et le président ont-ils laissées à l’otage ? Avec cette autre question – subsidiaire : pourquoi personne ne l’a fait remarquer ?

Vous m’opposerez : mais qu’eût-il fallu dire ? Et si la bonne réponse à cette question était précisément celle-ci : rien ! Rien ? Oui, rien ! Silence du président, silence du ministre. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas, le cas échéant, de continuer d’agir, mais sans fanfare : qu’est-ce qui ressemble plus à un avion de combat, même français, appartenant à n’importe quel pays ayant acheté un avion de combat français, qu’un avion de combat français appartenant à la France ? Le terroriste s’interroge, bien sûr, mais il n’a pas de certitude. L’otage eût-il été sauvé pour autant ? Rien n’est moins sûr, c’est vrai, un psychopathe reste un psychopathe. Mais ce qui est tout aussi vrai est que le pire aurait été un peu moins certain.

Mais rien ne va plus, m’opposez-vous ! Si l’on agit sans fanfare et sans parler, à quoi bon ? Comment le bon peuple saura-t-il ce que l’on fait pour lui ?

« La France n’a pas peur », a dit le ministre. La France, quelle France ? La France des présidents et des ministres, sans aucun doute ! Celle qui vit à l’abri des palais, ne se déplace qu’en convois escortés, avec des gardes du corps comme des anges gardiens, sans ailes, mais avec scooters. Mais pas la nôtre ! La nôtre, monsieur le ministre, la mienne en tout cas, ne cache pas son souci, pour ne pas dire son angoisse. Pour nous-mêmes, un peu, pour nos proches, beaucoup ! Et notre fureur d’apprendre que tant d’incompétences successives ont laissé se développer sur notre territoire peut-être plusieurs milliers de tueurs plus ou moins prêts à l’emploi, de moins en moins contrôlés et de moins en moins contrôlables.

C’est vrai, il faut choisir : la guerre, ou la « com ». La guerre, celle que l’on veut gagner se prépare (toujours) et se conduit (aussi longtemps que possible) dans l’ombre. En guerre, il n’y a pas d’amis, mais seulement des alliances conduites au gré des opportunismes. En guerre, on s’allie avec des Poutine ou des Bachard, et cela quelque soit les sentiments que par ailleurs on puisse nourrir envers les Poutine et Bachard, quand ces Poutine et Bachard ont les mêmes ennemis que nous, et on se méfie terriblement de soit-disant amis, lorsque ces derniers ont été (et sont peut-être encore) les financiers de nos ennemis. Pas d’amis, donc, et c’est vrai, plus de coups à prendre que d’électeurs à gagner.

Tout le contraire de la « com » en somme. Mais la guerre et la « com » ont tout de même un point commun : l’une et l’autre tuent. Et, comme nous venons de le voir, la guerre, peut-être ; mais la « com », à coup sûr.

Paris, le 30 septembre 2014

Reproduction autorisée avec la mention : © Michel Georgel

Pour ce que je vous en dis…

Le président de la République l’a crânement déclaré : quoi qu’il arrive, il est déterminé à gouverner jusqu’à la fin de son mandat. Quelle nature ! Nature, vous avez dit nature ? Est-ce le mot bien approprié ?

Le président de la République est déterminé à gouverner jusqu’au terme de son mandat, et cela, quoi que puissent en dire les sondages. Même s’ils lui devenaient encore plus défavorables qu’aujourd’hui ? Même dans ce cas.

Certains soutiendront qu’un tel contrat à durée déterminée, impossible donc à remettre en question avant son issue, n’est pas sans soulever certains sérieux problèmes. Par exemple, on pourrait imaginer qu’un menteur suffisamment beau parleur se fasse élire sur un programme de mensonges et de promesses intenables, puis impose par la suite aux électeurs, réduits pour cinq ans à l’état de contribuables impuissants et passifs, tout ce qu’il voudrait, y compris les décisions les plus impopulaires.

Par exemple ? Qu’on augmente les impôts des catégories sociales réputées avoir mal voté (retraités, classes moyennes…) ! Et que parallèlement, on réduise ou même supprime la contribution des autres : bas salaires pour les uns, ou salaires des journalistes, pourquoi pas ? Ou encore qu’on se fabrique de toutes pièces de futurs « bons » électeurs, en donnant le droit de vote aux populations immigrées.

Mais d’autres objecteront, sans doute avec raison, qu’il serait bien dangereux que l’on demandât trop souvent son avis au peuple (comme le font par exemple nos voisins suisses, ce qui a notamment pour effet pervers de les rendre incontestablement plus suisses que n’importe quelle autre nation). Cela pourrait conduire à réellement sanctionner les criminels récidivistes, ou encore à refuser le retour sur notre territoire aux personnes convaincues de djihadisme. Si l’on avait tenu compte de l’avis du peuple, ne l’oublions jamais, nous ne serions même pas européens, et nous serions ainsi privés de la croissance formidable de la « zone euro », et de tous les bienfaits de sa monnaie. Notre taux de chômage aurait sans doute atteint des niveaux à donner le vertige, peut-être que jusqu’au quart de nos jeunes seraient sans emploi, le produit intérieur brut stagnerait, ou pire, serait en régression. Ce tableau, comparé à notre situation présente, ne laisse aucune place au doute, on en conviendra.

Mon avis là-dessus ? N’étant titulaire ni du diplôme de l’École nationale d’administration, ni de celui de l’institut des sciences politiques, ni d’aucun autre diplôme de ce genre, il n’a guère d’intérêt, je le reconnais bien volontiers, et j’en dispenserai par conséquent mon lecteur.

Je resterai dans le domaine où les années et les soucis ont fini par me donner un certain niveau d’expertise, celui de la petite entreprise, pour faire la remarque suivante : ce que nos institutions semblent permettre à nos dirigeants politiques, c’est-à-dire gouverner sans l’adhésion large, pleine, entière d’une solide majorité, aucun dirigeant d’entreprise ne pourrait sérieusement le concevoir, à long, ou même moyen terme, fût-il simple artisan avec un unique apprenti.

L’entrepreneur n’est pas toujours aimé de ses salariés, il peut même dans certains cas en être détesté. Mais même dans cette situation, son projet, il fait en sorte de le partager avec tous. C’est-à-dire qu’il ne se contente pas d’expliquer, ce serait gravement insuffisant, et le projet n’aboutirait pas. Il faut aussi convaincre, donner l’envie d’adhérer, faire preuve d’enthousiasme, et cet enthousiasme, au moins pour partie, le communiquer à tous. Sans cette adhésion globale, l’entreprise va se mettre à boiter, et les jours d’une entreprise qui boite sont bientôt comptés.

Rien de bien étonnant à cela, d’ailleurs : même les organisations humaines les plus primitives ont toujours fonctionné sur ce modèle. Le structuraliste Lévi-Strauss, ou plus encore l’ethnologue Pierre Clastres ont montré le vrai rôle du « chef » dans les tribus primitives : celui-ci ne disposait d’aucun pouvoir de commandement, et si par hasard il manifestait une telle volonté, il se voyait aussitôt chassé, ou même mis à mort. Ses projets pour la tribu, il devait les exposer aux familles les unes après les autres, et par son habileté oratoire et sa capacité de persuasion, gagner le plus grand nombre à vouloir le suivre, chacun restant libre cependant de sa propre décision.

Et contrairement d’ailleurs à une idée souvent reçue, ce modèle se retrouve de la même manière à des niveaux encore plus primitifs, celui du monde animal, et notamment des animaux dits sociaux.

Certes, l’un des premiers scientifiques à avoir décrit l’organisation sociale des primates s’appelle Solly Zuckerman. Il dépeint une société organisée autour de mâles violents, dominants et agressifs, entourée de femelles soumises et réceptives, un ordre social d’une grande rigidité, construit sur des confrontations brutales. De même le célèbre éthologiste Konrad Lorenz a-t-il fait le tableau de sociétés de loups, totalement hiérarchisées, avec des dominants imposant une loi d’airain à des dominés abrutis de soumission : maître absolu, un mâle « alpha », secondé d’une femelle « bêta » terrorise tous les autres, à commencer par un « gamma », suivi d’un « delta », qui craint « gamma », mais règne sur un « epsilon », pour finir pas un « oméga », souffre-douleur de tout le monde et qui, le malheureux, ne peut se venger sur personne.

Mais ces augustes savants ont sans doute commis au moins deux erreurs. La première est d’avoir tenu pour rien les conditions de vie des animaux qu’ils observaient : la captivité et le surpeuplement de zoos. Quels enseignements sur le comportement sauvage ?

La seconde ? Sans doute malgré eux, ils ont projeté sur le monde animal leur conception d’une certaine société occidentale, faite de compétition entre les individus, où certains parviennent à imposer leur volonté à d’autres, le tout sans doute pimenté de quelque secret phantasme, de mâle dominant régnant sans partage sur un harem soumis et consentant…

De fait, ces augustes « savants » et nombre de leurs successeurs ont largement fait la preuve de leur capacité de domination, en tout cas sur les cerveaux : leurs « découvertes » continuent de faire loi et sont répétées par le plus grand nombre comme catéchisme ! Et pourtant, cela fait longtemps que d’autres observateurs (en fait d’abord des observatrices) sont venus infirmer ces belles certitudes, au point que concernant les primates, un Frans de Waal dans son livre « La politique du chimpanzé », nous montre que chez ces animaux, le pouvoir, s’il existe,  est beaucoup moins le résultat d’une plus grande force physique, que celui d’une capacité à nouer un plus grand nombre d’alliances.

Et pour les loups, un Anglais, Barry Eaton, dans un très court ouvrage : « Dominance, mythe ou réalité » y conteste de manière très documentée un soi-disant comportement hiérarchique chez les canidés. Il défend que les meutes sauvages sont toujours en réalité des familles, dont le soi-disant couple dominant n’est autre que le couple parent de tous les autres, ce qui relativise considérablement la portée d’une apparente autorité, démentie d’ailleurs par des observations plus attentives qui viennent montrer que s’il existe en effet des tyrans dans la famille, ce n’est pas du côté des plus forts qu’il faut chercher, mais bien plutôt de celui des animaux… les plus jeunes… Et si le père de famille finit par conduire les plus âgés de ses fils et filles à la chasse, ce n’est nullement parce qu’il le leur impose, mais parce qu’il les y entraîne : ceux-ci le suivent, non parce qu’ils y seraient obligés, mais parce qu’ils le souhaitent.

De telles remarques pourraient être étendues jusqu’aux animaux qui nous paraissent les plus socialement organisés, comme les abeilles. Où l’on démontrerait que c’est tout à fait abusivement que nous qualifions reine une pondeuse sans aucun pouvoir, tandis que les essaims apparaissent finalement guidés par les butineuses les plus expérimentées, après que ces dernières se soient largement concertées entre elles, et que l’une d’entre elles soit parvenue à gagner à son avis toutes les autres.

Nos belles institutions ? Je note seulement qu’elles conduisent à des situations dont on ne trouverait aucun modèle dans la nature. Et je ne trouve pas cela tellement rassurant.

Paris, le 23 septembre 2014

Reproduction autorisée avec la mention : © Michel Georgel

Déréglementer ? Chiche !

Pendant sa campagne, l’actuel Président disait vouloir introduire « un peu de croissance ». Je posais alors une question : si ce Président a le pouvoir de créer tout seul de la croissance, pourquoi seulement « un peu » ? Jésus multipliait les pains, il n’en a pas limité le nombre.

Aujourd’hui, les hommes de l’État suggèrent qu’ils vont augmenter notre pouvoir d’achat en réorganisant certaines professions réglementées. Mais si une telle procédure se trouve en faveur du pouvoir d’achat, pourquoi seulement quelques-unes d’entre elles ? Pourquoi pas toutes ? À commencer par la plus protégée et la plus réglementée que l’on puisse imaginer ?

Dernier chiffon rouge à la mode : les professions réglementées. « Le gouvernement veut déréglementer les professions réglementées. »

Pour quoi faire ? Pour améliorer le pouvoir d’achat des consommateurs.

La déréglementation améliore le pouvoir d’achat ? Délire ! Ce n’est même plus un langage libéral, c’est un argument proprement libertarien ! Comment faut-il comprendre ?

C’est que libérer les professions réglementées serait en réalité libérer l’ensemble de l’économie : des professions non réglementées, vous en connaissez beaucoup vous ?

« Il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouve bon. »

Texte central du décret d’Allarde des 2 et 17 mars 1791, repris dans la lettre et l’esprit par la loi dite Le Chapelier, promulguée en France le 14 juin 1791.

Cette loi visait à redonner un espace de respiration à une société issue de l’ancien régime, étouffée et paralysée par un nombre incalculable de règles, de lois, de normes… La société n’en pouvait plus, l’emploi manquait partout, il régressait sans cesse, les gens avaient faim… Une situation qui vous en rappelle une autre ?

La loi n’était pas votée que tous les corporatismes en commençaient le siège, visant à en limiter les effets, bien entendu pour les meilleures raisons que l’on puisse imaginer. Le texte, très vite, était à lire : « Il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouve bon, sauf pour… »

Et comme il était à craindre, les « sauf » se sont multipliés au point qu’aujourd’hui, on peut résumer : « Il sera interdit à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouve bon, sauf dans de très rares exceptions. »

On cherche en effet les professions que l’on peut encore exercer sans passer par les fourches caudines de multiples obligations, réglementations, contraintes et freins de toute sorte.

Personnellement, je n’en connais qu’une seule, à laquelle vous ne vous attendez sans doute pas : celle de… toiletteur pour animaux de compagnie ! Pourquoi cela ? Certains de ceux qui m’aiment bien et beaucoup de ceux qui me détestent pensent que votre serviteur et quelques-uns parmi mes amis y seraient pour quelque chose, mais je dois à la vérité de dire que les uns et les autres nous prêtent un écho que nous n’avons guère… Cette exception, pour combien de temps ? Je n’en sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’il faut espérer qu’elle durera le plus longtemps possible : car ne cherchez pas ailleurs que dans cette liberté, cette absence réglementaire, la formidable et constante progression de cette profession depuis plus de vingt ans  ! (Certains esprits chagrins vous diront qu’un nombre significatif des entreprises qui se créent dans ce secteur disparaissent dans les trois ans : c’est parfaitement vrai, mais c’est une réalité partagée avec toutes les entreprises qui se créent, quel que soit leur secteur d’activité.)

Pour le reste, on peut chercher désespérément parmi les professions, celles qui n’exigent pas quelque diplôme préalable obligatoire ; ce n’est jamais signalé, mais cela suffit à expliquer au moins pour partie la désertification de nos campagnes ; cette furie diplômante fait sans doute le bonheur et la richesse des dispensateurs de diplômes (et donc des hommes de l’État), mais elle limite considérablement les possibilités de pluriactivités, qui sont pourtant si nécessaires dans les espaces où les densités de population sont trop faibles pour assurer la survie d’entreprises à offre insuffisamment diversifiée. Ayant vécu sur une île (française), je pourrais facilement illustrer ce propos par des exemples précis, mais tel n’est pas l’objet du présent billet. (Par exemple un îlien, dans de nombreux cas, pourrait facilement combiner une activité de pêcheur côtier, avec celle d’éleveur et d’agriculteur ; mais dans la réalité, il lui faudrait plus que la durée de sa vie pour réunir les diplômes lui donnant le droit de vendre les produits de sa pêche et de son élevage, tout comme ses pommes de terre.) 

L’étape du diplôme est rarement la dernière : elle n’est souvent, au contraire, que le début d’un long chemin (de croix) de démarches diverses.

L’argument principal mis en avant pour défendre ce système est bien entendu qu’il conviendrait de protéger le public contre les agissements d’acteurs incompétents. Mais un instant de réflexion suffit pour comprendre que cet argument n’est que pure hypocrisie : si la possession d’un diplôme et de diverses aux autres autorisations administratives était de nature à réellement protéger qui que ce soit, il n’y aurait aucune raison et aucune nécessité de rendre quoi que ce soit obligatoire. La seule information suffirait et permettrait au public de choisir à bon escient.

Très rares sont donc les professionnels à prendre ce pari ! Au contraire, ils sont à ce point incertains que leur diplôme leur assure un meilleur savoir-faire, qu’ils sont en général unanimes a préférer ne pas prendre le risque d’une concurrence avec des non-diplômés : c’est avidement qu’ils soutiendront, quand ils ne les provoqueront pas, les réglementations visant à verrouiller aussi fortement que possible leur secteur d’activité à leur unique profit.

Un autre argument des partisans de la réglementation est qu’il serait dangereux de s’en remettre au jugement du public, dont une partie au moins, naïve ou mal informée, pourrait se laisser abuser par des incompétents. La liberté de choisir (et donc de se tromper) encore (provisoirement ?) permise à l’électeur est donc définitivement confisquée au client, par hypothèse ou définition, majoritairement un imbécile ou un niais, ou les deux à la fois !

Il semblerait pourtant de bon sens que si les individus sont les crétins qu’on nous décrit, il serait plus urgent de leur retirer le droit de vote que celui de leurs choix de consommations…

Bon, mais je le confesse, tout ce qui précède n’est que bavardage : ni moi, ni vous, ni personne ne croit une seconde que l’horizon de quelque déréglementation soit à l’horizon de quelque réalité. La vérité est exactement à l’opposé : pas un jour qui passe sans sa moisson de décrets, arrêtés, circulaires, tous peu ou prou liberticides ; une ration quotidienne pour alimenter les (grandes) pages des (petites) lettres du journal officiel.

Personne, et surtout pas les membres du gouvernement ; il semble bien que la seule déréglementation sérieusement envisagée ne soit dans les faits qu’une sorte de nationalisation rampante de professions relevant d’une délégation de service public, comme c’est le cas des notaires par exemple ; on devine aussitôt la réelle préoccupation des hommes de l’État : bien plutôt la récupération de montants financiers qu’on imagine exorbitants, qu’une réelle réduction des coûts pour nous autres particuliers.

Bien sûr, histoire de faire diversion et d’occuper l’attention du public, on fera klaxonner les taxis, et peut-être même défiler les pharmaciens, mais cela n’ira pas bien loin.

Ce qui pourtant pourrait réellement et immédiatement décongestionner notre malheureuse société, lui donner un véritable bol d’air, en augmentant en un instant, et sans la moindre douleur, la totalité de tous les salaires n’est, semble-t-il, malheureusement, à ce jour, envisagé par personne : la déréglementation de la profession la plus réglementée et la plus protégée de notre pays, l’assurance sociale, de plus en plus faussement baptisée Sécurité Sociale ; la question de savoir si le monopole de fait de cette institution est encore légal est certes posée par beaucoup[1], mais qu’il soit légal ou non, cela n’y change pas grand-chose, puisqu’à ce jour, le seul moyen simple et réellement accessible de se trouver mieux assuré à des tarifs beaucoup plus compétitifs est… de quitter notre pays…

Paris, le 5 septembre 2014

 

[1] http://www.wikiberal.org/Wiki oui oui/Abrogation_du_monopole_de_la_Sécurité_Sociale

http://www.claudereichman.com/articles/communique_mlps_17_%20janvier_2014.pdf