Je suis Cassandre !

Certains de mes amis m’écrivent, s’étonnent ! Voilà de longues semaines que je suis resté parfaitement silencieux !

La vérité est que je me suis trouvé pris d’une étrange maladie, qui m’a laissé totalement paralysé, me rendant incapable de toute expression. Une formidable nausée !

L’objectif premier de mes articles était de rendre compte du point de vue, des émotions, des coups de cœur et des coups de rage d’un (très) petit entrepreneur.

Mais la nausée qui m’a submergé a soudain rendu tellement vaines mes pourtant si modestes ambitions !

Ce qu’ils ont appelé « l’esprit de janvier » m’a comme pris à la gorge, asphyxié : je me répète, une formidable nausée !

J’en étais à ne plus pouvoir suivre les informations ou lire les nouvelles : alors, les commenter !

Voyons les faits. Trois individus, issus de ce que d’aucuns s’obstinent à appeler « une chance pour la France », abattent froidement dix-sept autres, qui n’ont donc manifestement pas beaucoup partagé cette chance française. Chance ou pas, on peut en discuter tant qu’on voudra, mais sans elle, ces dix-sept seraient toujours vivants. Mais prolongeons ; dans un pays « normal », les trois tueurs fussent passés par une éducation « normale », où des professeurs « normaux », et non imprégnés des idées gauchistes les plus abracadabrantes leur eussent enseigné un minimum de bonnes manières, et notamment qu’on ne tue pas les gens, sans, ou même avec raison. Bon, admettons que des natures difficiles aient rendu caducs les efforts de nos bons professeurs. Mais le pedigree judiciaire, indiscutablement remarquable des nos trois individus, leur eussent valu, dans n’importe quelle république « normale », d’être condamnés par n’importe quel système judiciaire « normal » a ce qu’il aurait fallu d’années de prison pour qu’on ne parle jamais d’eux.

Une immigration qui n’avait rien d’indispensable, ou dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne peut être qualifiée ici de réussite, un système éducatif en constat d’échec absolu, une justice dont on est à s’interroger sur son utilité… voilà qui eut dû au minimum interpeller pouvoirs publics et médias, et les amener, sinon à contrition (il ne faut tout de même pas réclamer l’impossible), du moins à modestie !

Mais non ! Pas de remords, pas de regret ! Pas même d’interrogation !

Au contraire !

Les mêmes qui eussent dû raser les murs, on les découvre à se pavaner ! En tête des cortèges ! En tête des mots d’ordre !

Bon, politiques et hommes des médias, peuvent-ils encore décevoir « l’honnête homme » ? Mais le bon peuple ? Et bien le « bon » peuple, comme un seul homme, tous derrière leurs ment(eu)ors ! Tous Charlie ! Beaucoup de mes amis, de membres de ma famille, comme les autres, tous Charlie ! Et moi, tout seul, envahi de la plus formidable des nausées ! Que ceux-là mêmes qui nous ont conduits où nous en sommes trouvent, sur le champ, à l’instant, le moyen, non pas seulement de se disculper, mais d’en tirer gloire ! La nausée, une insupportable, une effroyable nausée.

Tous Charlie ! Charlie de quoi ? Le sang des morts n’était pas sec qu’un vaste mouvement national se précipitait pour étouffer dans l’œuf les questions de bon sens : tous Charlie ? Pour quoi ? On ne sait pas, on ne pose pas de questions. Contre qui ? Contre personne ! Surtout contre personne ! Pas « d’amalgame » ! Le sang n’avait pas eu le temps de sécher que par un magique passe-passe, on trouvait le moyen de n’avoir plus d’assassins.

Quarante pour cent de nos concitoyens, nous disent les sondages, qui tout menteurs qu’ils soient, ne peuvent mentir à ce point, quarante pour cent de nos concitoyens se sont ainsi, courageusement mobilisés, pour ne dénoncer personne, s’affranchir de tout esprit de défense, s’interdire toute analyse objective ! Je suis Charlie, soit, et après ? Après, rien ! Pas de stratégie, aucune ligne de défense, et surtout, surtout, ne pas se reconnaître d’ennemi à combattre.

Pas d’ennemi ? Si, à la rigueur, « l’extrême droite » ! L’extrême droite, qu’a-t-elle à voir à l’affaire ? Peu importe ! Mais je croyais que les assassins se revendiquaient musulmans ? Musulmans ? Mais c’est là le piège ! Pasdamalgame ! Les textes sacrés d’une religion ordonnent le plus clairement du monde, au choix, de décapiter, brûler, crucifier, violer, lapider ; des individus se revendiquant de cette religion assassinent en criant qu’ils agissent au nom de cette religion ? Pasdamalgame ! L’ennemi, c’est, encore et toujours, l’extrême droite, inutile de chercher autre chose.

Et c’est ainsi : aussi incroyable que cela puisse paraître, grisés par Charlie, les hommes du Pouvoir, loin de marcher le front couvert de honte, surfent, ivres de suffisance, sur la vague furieuse du Pasdamalgame ! J’ai la nausée.

Désormais, les jeux sont faits. Qui dénonce, sérieusement, l’hypocrisie monstrueuse du Padamalgame ? Personne. Qui parle encore, sérieusement, économie, chômage, faillites d’entreprise ? Je vous en prie, un peu de décence ! Laissons ces sujets vulgaires ! Désormais, c’est « l’esprit de janvier » qui gouverne en France !

« L’esprit de janvier » ? C’est notre brillant et non moins bouillant premier ministre qui l’illustre le mieux ! Matador sans peur et sans reproche, seul face au taureau brave, il est ovationné par nos députés, tous debout pour la circonstance ! Mais pardon, où est le taureau ? Où est l’ennemi ?

Va-t-on remettre les voyous à leur place, c’est-à-dire en prison ? Pas question ! Demander aux juges d’appliquer les lois ? Indépendance de la justice ! Aux enseignants d’enseigner ? Peut-être, s’il reste un peu de temps après la théorie du genre, l’apprentissage aux garçons du port de la jupe et à tout le monde des méchancetés du capitalisme. Payer nos soldats, non pour parader sans munitions dans les aérogares, mais pour récupérer, fut-ce par la force, les armes de guerre dans les zones de non-droit ? Des zones de non-droit ? Où ça ? Des armes de guerre ? De quoi parlez-vous ?

Donc, pas de taureau, pas d’ennemi, pasdamalgame ! Mais un matador qui pavane sans la menace d’aucun taureau, cela ressemble surtout à un guignol de cirque ? Silence dans les rangs ! Un combat viril et déterminé, sans ennemi, sans volonté de combattre, sans risque de combattre, c’est cela, l’esprit de janvier ! Notre premier ministre ? Le matador de caméra ! De la geste, et du vent !

L’esprit de janvier, qui porte si bien nos hommes de pouvoir ! Aujourd’hui, victoire socialiste dans le Doubs, demain, à l’élection présidentielle. Et la suite ? Tellement facile à deviner : si vous n’y arrivez pas, interrogez Michel Houllebecq et tant d’autres !

En ce cas, pourquoi m’épuiser, par dessus la nausée, à rédiger ces lignes ? Parce que, malgré tout, et malgré le socialisme, le pire n’est jamais certain ! Plusieurs fois dans l’histoire, les peuples européens ont su trouver la force de bouter les musulmans hors de leur destin ! Toute seule, contre tous, une petite provinciale a su venir à bout tant de notre lâcheté nationale, que du machiavélisme anglais ! Et jusqu’à présent, lentement, mais sûrement, ce sont tout de même liberté et démocratie qui finissent par l’emporter partout dans le monde !

L’esprit de janvier ? Cessons de nous mentir : c’est l’esprit de Munich !

Et il n’est pas trop tard pour dire non !

Paris, 9 février 2015

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