Tout ça pour quoi ?

Je suis resté longtemps silencieux. Dommage diront ceux qui m’aiment bien, tant mieux, ceux qui m’aiment moins…

Il est peut-être mort, ont pensé certains. Ou bien, il est en mer, il navigue, loin des soucis terrestres. Ou il est en prison. À l’hôpital. À l’hospice.

Un peu vrai, un peu faux, et puis, qu’importe… je dirais peut-être quelque jour les raisons de ce silence, mais je n’ai pas envie de parler de cela aujourd’hui, mais de tout autre chose, et comme finalement, sur ce que j’ai envie de dire ou de taire, c’est encore moi qui décide…

Qu’on aime ou qu’on haïsse le concept d’État, ou même qu’on y soit peu ou prou indifférent, on est en général d’accord sur cette idée que la principale justification à l’existence de l’État est d’assurer à ses citoyens un meilleur niveau de sécurité que celui qui serait le leur en son absence.

Et de ce point de vue, les récents et dramatiques évènements survenus un peu partout en Europe conduisent au constat d’un lamentable échec des états européens en général, et de l’Union européenne en particulier. Avec, et c’est peut-être le plus grave, l’aveu ici ou là de ces dirigeants, qui nous promettent sans panache, que le terrorisme auquel sont désormais soumis les citoyens européens, ne sera pas vaincu de si tôt, et que le seul rempart qu’ils nous proposent est « de nous y habituer », pour ne citer que les propos de l’énervé de Matignon.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais personnellement, si j’avais passé un contrat avec mon plombier pour que celui-ci entretienne régulièrement ma plomberie, et qu’après être intervenu pour une panne intempestive, ce dernier vînt à m’annoncer que ma panne n’était que le premier épisode d’une longue série à venir, je mettrais fin le plus vite possible à mon contrat et je changerais de plombier : à quoi bon payer pour une sécurité qu’on ne m’assure pas ?

On peut même penser que le plombier, conscient de son incroyable défaillance, ait choisi de lui-même de mettre fin, sinon à ses jours, du moins à notre collaboration. Mais il est vrai qu’il serait bien vain d’attendre d’un politique qu’il se trouve atteint de pudeurs d’entrepreneur.

Notre sécurité fondamentalement remise en cause, voilà qui devrait être le premier souci de préoccupation de nos députés, par exemple ? Et de s’interroger sur les raisons qui poussent nos dirigeants à s’obstiner à nous faire prendre des vessies pour des lanternes et des envahisseurs terroristes et organisés pour des réfugiés pacifiques déroutés ? Eh bien non, pas du tout ! Pendant que les menaces planent toujours plus effrayantes sur nos têtes, nos députés sereins s’occupent de nous créer de nouvelles interdictions, avec de nouveaux délinquants : celui du mois, le « client de prostituée » ! Et c’est vrai qu’en y pensant, on se dit qu’il y avait vraiment urgence !

À dire vrai, j’ai toujours trouvé très injustes les misères faites aux dames dites « prostituées », tandis que leurs « partenaires » ne se trouvaient inquiétés de rien. Si une chose est interdite, elle est interdite pour tout le monde, et l’on doit réprimer tout le monde de la même façon, les unes peut-être, mais les autres aussi.

Ce n’est d’ailleurs pas la voie vers laquelle nous allons : on n’étend pas le délit à tous, on le déplace seulement ; les « dames » ne seront plus poursuivies, les messieurs le seront à leur place. Le système reste donc parfaitement déséquilibré.

Et ne devrait pas fonctionner beaucoup mieux qu’auparavant. C’est que nos têtes de linottes de députés ne peuvent admettre que ce n’est pas la demande qui suscite le marché, mais l’offre. Si vous ne supprimez pas l’offre, vous ne ferez pas disparaître la demande. L’offre s’adaptera, elle ne disparaîtra pas pour autant.

Le client est coupable, nous dit-on, parce qu’il « achète » ce qui ne devrait pas être vendu. Mais comment décider de ce qui peut être « vendu » et de ce qui ne doit pas l’être ? C’est une question de morale nous dit-on. Si c’est une question de morale, c’est donc une question privée, et qui ne regarde que les personnes concernées, et certainement pas l’état, quel qu’il soit. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut sur ce sujet, et même de militer d’une façon ou d’une autre pour faire partager son opinion, mais personne ne devrait avoir le droit ou la possibilité d’imposer au lieu de persuader. C’est pourtant ce que font nos députés, à un moment où ils pourraient trouver, nous l’avons vu, beaucoup mieux à faire !

Mais voilà nos parangons de vertu montés sur leurs petits chevaux de discours tout emprunts de déZolation, la prostitution, c’est une forme d’esclavage, c’est « l’esclavage sexuel ».

Étrange discours moral de la part de personnes qui ont contraint notre société à la ridicule mascarade de soi-disant mariages entre personnes du même sexe, et dont le chef de file affiche les mœurs les plus dépravées, s’étant refusé à épouser la mère de quatre de ses enfants, et courant en scooter les rendez-vous nocturnes les plus scabreux, le tout, avec mon argent personnel (et le vôtre), le scooter, dont le propriétaire reste à ce jour encore indéterminé étant piloté, non par notre obsédé, mais par un gendarme nourri de nos impôts, un cas honteux d’abus de bien social parfaitement caractérisé.

Lutte contre « l’esclavage sexuel », dites-vous ? Chiche ! Mais s’il vous plaît, commençons par le commencement, c’est à dire là où il ne fait pas discussion que c’est effectivement de cela qu’il s’agit ! Allons sauver les chrétiennes, yézidis, et autres kurdes martyres, femmes, jeunes filles, et même des fillettes impubères, soumises effectivement à l’esclavage sexuel par des fanatiques musulmans ! Et même, commençons par faire le ménage chez nous, car un tel esclavage sexuel, chacun sait qu’il s’y pratique aussi, non seulement à Calais, mais dans beaucoup de ces zones dites de « non-droit » ! Sans parler de ces gamines contraintes de subir des « mariages forcés ». Cela toujours dans le même et unique contexte, exclusivement et inévitablement musulman.

Oui, nous sommes d’accord, là, il y a urgence. Un vrai devoir de civilisation. Urgence d’autant plus grande que ces malheureuses sont de fait oubliées de tous, abandonnées par tous. Le Pape voyage beaucoup, mais comme par hasard, jamais de ces côtés-là. Il parle aussi beaucoup, mais comme c’est étrange, jamais des ces sujets-là. Comme toutes les autres bonnes consciences, d’ailleurs.

Pour un tel combat, nous sommes prêts à nous engager ; mais quant à savoir si l’on peut étendre la notion d’esclavage sexuel à des personnes majeures, volontaires, parfaitement libres, qu’on le veuille ou non, disons-le tout net, plus que de l’imposture, plus que de l’indécence, c’est une insulte criminelle envers les vraies martyres !

Et de plus, complètement inutile et voué à l’échec. L’offre ne va pas disparaître, elle va s’adapter, pour permettre à la demande de la rejoindre sans risque, ou avec un minimum de risques. En attendant ces adaptations, je plains ces messieurs des forces de l’ordre, qui à défaut de piloter les scooters de la concupiscence, vont se trouver bien souvent confrontés à des situations aussi nauséeuses qu’abracadabrantes. Comment sera constaté le « délit » ? Au moment de « l’acte » ? À son « issue » ? Mais s’il s’agissait d’un « acte gratuit » ? Si l’acte est gratuit, il n’y a plus de prostitution ! Donc il faudra prouver qu’il y a eu transfert d’argent. Mais généralement, le transfert a lieu, que je sache, avant l’acte. Donc, ce sera le paiement qui sera constitutif du délit ? Même si, finalement, pour une raison ou pour une autre, il n’y a pas eu « d’acte » ? Pour la première fois, on pourrait sanctionner une simple « intention » ? D’un point de vue strictement technique, il faudrait pour établir le délit, avoir la preuve de l’acte avéré et de son règlement…

Tout ça, ce sera tant l’offre ne se sera pas adaptée ; mais elle s’adaptera, soyez-en sûrs, avec un seul objectif, rendre le travail des forces de l’ordre toujours plus compliqué.

Un grand nombre de dames offreuses « de moments de détente », vont se reconvertir en « masseuses », c’est d’ailleurs déjà le cas aujourd’hui. J’imagine les camping-cars des Bois de Boulogne ou de Vincennes, « relookés », avec de somptueuses affiches : « Babette, massage tantrique », « Kaline, massage Californien », « Zazie et Zazette, massages à quatre mains »…

Bien entendu, nos politiques trouveront des parades ; par exemple, on ne pourra plus se déclarer « masseuse » que si l’on n’est titulaire d’un diplôme officiel de massage. Plusieurs années obligatoires de formations, dans des écoles agréées par l’État, avec stages pratiques et examen de fin d’études…

Une voie qui ne conviendra pas à tout le monde, on s’en doute. Il faudra trouver autre chose. On trouvera autre chose. Salons de voyance ? Soins aux ongles et autres extrémités, strictement pour Messieurs ? Intermédiaires économiques permettant d’éviter les échanges directs d’argent ?

On trouvera. On trouvera aussi d’autres lois. Une vie toujours plus encadrée, policée, réglementée. Bien entendu, des « clients » malhabiles se feront « pincer ». Pour eux, ce sera, en plus du ridicule, une vie familiale souvent brisée, une carrière compromise.

Et tout ça, finalement, pour quoi ?

Caraïbes, 20 avril 2016

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