Ce que nous disent les animaux !

Je continue de penser que nous n’observons pas assez le monde animal, et que ce dernier est pourtant en mesure de nous apprendre tellement sur nous-mêmes. Sommes-nous d’ailleurs nous-mêmes finalement autre chose que des animaux  ?

Dans un précédent billet, je montrais que la xénophobie est une constante du monde animal ; ce qui m’a valu plusieurs courriels peu amènes, mais non moins utiles, puisqu’ils m’ont conduit à prolonger ma réflexion.

D’une façon générale, ces courriels ont eu en commun de me reprocher une sorte d’apologie du racisme, mot que je n’avais pourtant pas utilisé. Mais de la xénophobie au racisme, je reconnais que la frontière est mince, et je veux bien en assumer l’accusation.

D’une façon globale, les animaux sont systématiquement « racistes », mais une question se pose : racistes, mais pour qui, ou contre qui ?

La réponse semble évidente : être raciste, c’est préférer les gens de sa race.

Cela semble évident, mais à l’analyse, on s’aperçoit que c’est loin d’être aussi simple.

En effet, si la tendance xénophobe semble bien universelle et innée, le sentiment d’appartenance à une race ou une espèce est lui, clairement acquis. En clair, les animaux ne savent pas en naissant à quelle espèce ils appartiennent, ils doivent l’apprendre. Et donc, il peut fort bien se produire que l’apprentissage soit « faussé » et conduise à des erreurs.

Par exemple, on observe chez la plupart des oiseaux, le phénomène de l’empreinte. De quoi s’agit-il : un oiseau nidifuge aura tendance, et cela pour le restant de ses jours, à croire qu’il est de l’espèce du premier être vivant qu’il découvrira après l’éclosion de l’œuf natal.

Le spectacle du grand Konrad Lonrenz suivi de son troupeau d’oies qui ne le quittaient pas « d’une semelle » a marqué les esprits et les mémoires : ayant découvert l’éthologiste en premier lors de leur entrée dans le monde, les oisons se sont irrémédiablement identifiés, sinon comme de brillants éthologistes, du moins comme d’authentiques humains.

Avec une conséquence à laquelle vous ne vous attendriez peut-être pas, et qui, à mon avis tout au moins, vient ternir l’image que l’on peut avoir du savant prix Nobel : ces pauvres animaux, trompés sur la réalité de leurs origines, se sont révélés, à l’âge adulte, définitivement incapables de s’accoupler et de reproduire… s’accoupler avec une oie… mais vous n’y pensez pas !

Le phénomène de l’empreinte s’observe-t-il aussi chez les mammifères ? Plus ou moins, mais complété par un autre, appelé « socialisation », que l’on peut à peu près résumer ainsi : pendant une période, dite précisément de « socialisation », un jeune animal considérera, sinon comme de son espèce, du moins comme d’une espèce non hostile, voire amie, toutes les espèces des individus qu’il aura rencontrés pendant cette période. Après la période de socialisation, c’est fini, la porte est fermée.

Par exemple, un chien qui n’aurait jamais rencontré d’être humain pendant sa période de socialisation (avant six semaines environ) ne pourra plus jamais entretenir avec les humains de rapports « normaux ». Et si votre chien ne poursuit pas les chats (ou les poulets), vous pouvez tenir pour certain que dans son immense sagesse, l’éleveur lui a fait rencontrer entre le moment où il a commencé d’ouvrir les yeux et ses six semaines, au moins un chat (ou un poulet…).

Si ce n’est pas le cas, les choses seront beaucoup plus difficiles, pour les chats, bien sûr, mais plus encore pour les poulets, qui n’ont pas, comme les chats, la possibilité de se réfugier en haut des arbres quand ont les poursuit de manière agressive.

Et pour nous autres, les humains, de l’espèce (qui se croit) tellement supérieure ?

Il est certain que la plus grande complexité de notre système de connexions neuronales nous rend possibles des apprentissages plus tardifs que ceux de l’empreinte ou de la socialisation. Pour autant, nos mécanismes d’identification, ou donc d’attirance ou de rejet s’observent bien comme les comportements vestiges du comportement animal.

C’est d’ailleurs la seule manière d’expliquer et de comprendre certains comportements, autrement parfaitement incompréhensibles.

Prenez par exemple le cas des oligarques de nos sociétés occidentales, et de leurs vassaux journalistes et autres intellectuels. Tous professent leur horreur du racisme, leur passion pour les droits de l’homme, leur respect pour les femmes et tout ce que vous voudrez. Pourtant, le martyre continu des chrétiens ou des yézidis dans les pays arabes ne leur arrache pas une larme, pas plus que la conduite des tortionnaires ne semble réellement les indigner. D’ailleurs, ces mêmes tortionnaires, quand ils agissent, non plus aux portes de Jérusalem, ou en lointain Irak, mais chez nous, dans nos villes et nos cités, frappant nos propres familles, provoquent chez eux d’abord un réflexe de défense… mais de ceux que le plus simple bon sens, voire le réflexe de survie, devrait conduire à considérer comme des ennemis, avec les refrains tellement systématiquement entonnés qu’ils en deviennent usés, du genre « pas d’amalgame » ou encore « l’Islam, ce n’est pas cela »…, et tout ce que vous voudrez du même genre.

C’est ainsi qu’on découvre, qu’en l’espèce, le raisonnement compte pour rien. Cette caste sociale a subi une empreinte, qui la conduit à détester ses racines judéo-chrétiennes occidentales, lui préférant tous les exotismes, y compris les plus indéfendables. Et ce que l’on constate, c’est que cette « empreinte » se révèle définitivement la plus forte.

Les oies mal empreintes ne s’accoupleront jamais. Une certaine classe sociale, en Occident, ne se réformera jamais. Les sans-dents, et tous ceux que cette classe dénomme pour mieux la distinguer d’elle, « populace » doivent apprendre à se le tenir pour dit, une fois pour toutes.

25 novembre 2016