Abus de bien public

J’enrage !

Après quatre semaines passées en compagnie de gens qui vivent dans des huttes faites de bambous liés et recouvertes de toits de palme, sol en terre battue, foyer fait de quatre pauvres pierres à même le sol, un univers sans électricité où l’on vit au rythme du soleil, et bien sûr un univers pratiquement sans internet… je reprends contact avec notre univers médiatique, et je ne décolère pas.

Voyons les faits.

Monsieur Fillon, comme tous nos députés, touchait une certaine somme d’argent, en principe pour rémunérer un ou plusieurs assistants, mais qu’il avait le droit d’utiliser comme bon lui semblait, y compris en la conservant entièrement à sa discrétion (ou la discrétion du couple Fillon, si vous préférez). Avec un avantage considérable : un argent entièrement et complètement défiscalisé. On peut juger cela bien ou mal, mais là n’est pas la question : la « règle du jeu », c’était celle-là

Un conjoint est de fait la seule personne au monde qu’un Français puisse faire travailler sans avoir à conclure avec elle (ou avec lui, ne fâchons personne) quelque contrat que ce soit. Personne n’aurait donc pu reprocher à monsieur Fillon d’exploiter jusqu’à épuisement madame Fillon, sans verser à cette dernière le moindre centime de rémunération. Il n’y aurait d’ailleurs eu rien de réellement choquant à cela, puisque de toute façon, l’argent gagné par monsieur Fillon revenait finalement au couple Fillon et dans ce cadre, l’intérêt pour le couple Fillon d’une rémunération de madame Fillon n’a rien d’évident.

C’est même tellement le contraire que si monsieur Fillon n’avait pas été un enfant gâté du système politique français, mais un petit entrepreneur ou un simple artisan, un tel projet ne lui serait tout simplement jamais passé par la tête : seul un enfant gâté de notre système politique pouvait trouver un moyen aussi dispendieux de fabriquer autant de matière fiscale à partir d’un argent, redisons-le, défiscalisé ! Génération de charges sociales, d’un montant à peu près équivalent à ce qui se trouvait finalement versé à madame Fillon, à quoi il faut ajouter l’impôt sur le revenu produit par ces salaires ! Ce qui revient à dire que le couple Fillon a versé en cotisations sociales et autres impôts plus que ce qui a pu revenir à madame Fillon, un argent qui aurait pu rester entièrement à la discrétion du couple !

Cela dit, madame Fillon a donc eu un « contrat de travail ». Cependant, même si cette dernière n’a strictement rien fichu, et a donc été payée à ne rien faire, on ne peut pas parler de détournement d’argent public, mais seulement de gaspillage d’argent privé, l’argent privé de monsieur Fillon. On ne peut même pas parler d’abus de bien social, comme dans le cas d’un entrepreneur qui rémunérerait son épouse à ne rien faire, puisqu’ici, aucun compte d’exploitation n’a été impacté par cet emploi.

Il s’agit donc d’un coup politique, visant à déstabiliser le candidat, ce qui a plutôt bien fonctionné d’ailleurs, et à lui faire perdre tout ou au moins partie de sa crédibilité électorale. Cela a d’ailleurs été dit à plusieurs endroits, et personne n’a attendu après moi pour cela, j’en conviens bien volontiers, et ce n’est pas à cela que je veux en venir.

Mais avant d’en venir, précisément, à mon fait, une petite incise à laquelle je ne résiste pas : pour tout vous dire, cela ne me fait pas tant de peine que cela, les ennuis de monsieur Fillon avec notre système soi-disant judiciaire. Depuis combien d’années, nous, les citoyens ordinaires, souffrons d’une judiciarisation toujours plus excessive de notre société, judiciarisation d’autant plus insupportable dans le cadre d’un appareil judiciaire plus soucieux d’une idéologie gauchisante et partisane que du strict respect de nos lois ? Le mur des cons, qui n’a jamais été sanctionné, n’est pas une invention, et nombre d’entre nous aurions pu voir, ou avons vu, nos noms sur ce mur. Que les hommes politiques goûtent un peu au ragoût malfaisant qu’ils ont contribué à nous préparer ne peut avoir que des effets salutaires.

En revanche, ce que je trouve insupportable, et que je ne lis nulle part, c’est qu’à mon avis, en la circonstance, il y a bel et bon gaspillage d’argent public et donc abus de bien public. Le mien. Le vôtre.

Voilà donc trois juges, vous vous rendez compte, il faut qu’ils se mettent à trois pour cela, payés avec les sous de mes impôts, qui sans aucun scrupule gaspillent leur temps de travail à une instruction parfaitement stérile et purement partisane ! Et si c’était tout ! Mais on m’apprend que je paye aussi des policiers et des gendarmes pour enquêter sur d’obscures histoires de costumes offerts, puis rendus, mais non, finalement les costumes rendus ne seraient pas les bons… Heureusement que la campagne tire à sa fin, on sent bien que sans cela, les petites culottes finiraient par y passer…

La folle politique de ce gouvernement nous met à la merci de criminels endurcis prêts à commettre tous les jours les pires attentats, mais non, tout ce personnel payé de l’État n’a rien de mieux à faire que d’enquêter sur la réalité du travail d’une épouse légitime, et celle des costumes taillés à son mari.

Passe encore que je doive entretenir les successives maîtresses de notre plus pour longtemps président, avec tous les cortèges de protections rapprochées et avantages variés, mais payer des juges et des policiers pour fausser le jugement des électeurs !

La gauche utilise les moyens de l’État, qui ne sont en rien sa propriété, pour la poursuite de ses intérêts privés ! Il faut bien que quelqu’un le dise : ces juges, ces policiers, ces gendarmes qui s’agitent, un monstrueux gaspillage et détournement d’argent public ! Ce détournement, ceux qui le produisent et ceux qui le commandent, tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, il faudra leur en demander compte !

J’enrage !

Portobello, 15 avril 2017