Escapade en Macronie

La pièce de théâtre « le Rhinocéros », de Ionesco, vous vous souvenez ? Oui bien sûr, personne n’en doute. Vous savez, cette histoire bizarre de mutation contagieuse !

Un jour, quelque part en ville, surprise ! On constate que la peau d’un individu épaissit, verdit… puis c’est tout le bonhomme qui se transforme, au point que soudain ! Hop ! C’est fait ! L’humain en question est devenu… rhinocéros !

Incompréhension générale. Et généralement plutôt indignée.

Sauf que… sauf que, peu de temps après, un second individu…, puis un autre, puis un autre encore, et encore… Bientôt, c’est presque la moitié de la population qui se révèle avoir muté ! Avec une question posée de manière presque lancinante par les journalistes à la mode, et les instituts de sondage : les rhinocéros vont-ils finir par devenir majoritaires ?

Mais bientôt, la question ne se pose même plus, les rhinocéros deviennent si nombreux qu’ils emportent toutes les élections ! Avec nouveau sujet de bavardage pour journalistes et instituts de sondage : restera-t-il même un semblant d’opposition ?

La réponse est non, et pour une raison très simple : tout le monde, oui, tous les gens, tous, ils veulent devenir, ils deviennent, tous, rhinocéros !

Un monde monstrueux, totalement déshumanisé, au sens propre ! Tous rhinocéros, sauf un seul, le personnage principal de la pièce, qui tout seul, de plus en plus seul, absurdement, résiste, envers et contre tout. Tout seul, si seul, que soudain, il craque, oui, lui aussi, il craque ! Il crie, il hurle ! À son tour, il veut comme tout le monde, comme les autres, il veut devenir rhinocéros !

Seulement, voilà, il ne le devient pas ! Et c’est cela qui est tragique, tragique jusqu’à l’absurde : il reste un homme, non par conviction, mais tout simplement parce qu’il se découvre, désespérément humain, incapable, de faire sa mutation, comme tous les autres !

Plus tard, beaucoup plus tard, et ailleurs, c’est à dire, chez nous en France, il n’y a pas bien longtemps, quelque part, on ne sait même plus où, un individu a vu sa peau blêmir… puis c’est tout le bonhomme qui s’est transformé, au point que soudain ! Hop ! C’était fait ! L’humain en question était devenu… Macron !

Incompréhension générale. Et généralement plutôt indignée.

Sauf que… sauf que, peu de temps après, un second individu…, puis un autre, puis un autre encore, et encore… Bientôt, c’est presque la moitié de la population qui se révèle avoir muté ! Avec une question posée de manière presque lancinante par les journalistes à la mode, et les instituts de sondage : les Macroniens vont-ils finir par devenir majoritaires ?

Aujourd’hui, la question ne se pose même plus, les Macroniens sont désormais si nombreux qu’ils emportent toutes les élections ! Avec nouveau sujet de bavardage pour journalistes et instituts de sondage : restera-t-il même un semblant d’opposition ?

La réponse est non, et pour une raison très simple : tout le monde, oui, tous les gens, tous, ils veulent tous devenir, ils deviennent, tous, Macroniens !

Un monde monstrueux, totalement déshumanisé, au sens propre ! Tous Macroniens, sauf moi, le personnage de mon théâtre privé, tout seul, de plus en plus seul, absurdement envers et contre tous, famille, amis, ennemis et indiffrérents. Tout seul, si seul, que soudain, je craque, oui, moi aussi, je craque ! Je crie, je hurle ! À mon tour, je veux comme tout le monde, comme les autres, je veux devenir Macronien.

Je vais oublier, je vais oublier… je vais oublier que Macron n’existe pas, qu’il n’est que la marionnette du grand capital international, lequel ne pense qu’à s’enrichir toujours plus, se souciant comme d’une guigne des gens, et plus encore, des petites gens.

Je vais oublier que la marionnette ne fera rien pour endiguer la monstrueuse invasion qui menace de tout balayer sur son passage ! Au contraire, cette invasion, la marionnette la favorisera, car telle est la volonté de ceux qui lui tirent les ficelles : bien sûr, les envahisseurs n’iront pas en foule travailler dans leurs usines, mais il s’en trouvera tout de même quelques-uns, assez nombreux pour étouffer dans l’œuf toute idée de revendication dans ces mêmes usines ! Mieux, la pression sera telle, qu’on pourra, non seulement contenir les salaires, mais mieux, envisager, enfin, leur sérieuse réduction ! Et ça, c’est très bon pour ceux qui tiennent les ficelles !

Je vais oublier que la marionnette ne fera rien pour réduire ou même limiter le fabuleux endettement qui pèse sur nos épaules et celles de nos enfants, parce que ses maîtres, qui tirent ses ficelles, tirent leur fortune… précisément de cet endettement ! Plus ils nous endettent, plus ils s’enrichissent.

Je vais oublier que la marionnette ne fera rien pour réduire le poids étouffant de l’état, parce que pour ponctionner toujours plus les citoyens ordinaires, il faut des fonctionnaires, toujours plus nombreux et plus redoutables, capables de maintenir et même de durcir les états d’urgence les plus liberticides pour les seuls honnêtes gens, aptes à consolider une administration fiscale que le monde entier nous envie.

Je vais oublier que la marionnette ne fera rien contre le mortel danger mahométan, avec ses prêcheurs furieux subventionnés par mes impôts et son armée de tueurs assoiffés du sang de nos femmes, de nos enfants, de nos proches, de nos amis, elle ne fera rien, parce que les femmes, les enfants, les proches et les amis de la marionnette ne vont que protégés de gardes armés et possèdent en outre largement de quoi discrètement soudoyer pour leur heureuse tranquillité. Le sang et les larmes, c’est vulgaire, c’est sale, c’est pour le seul populaire.

Je vais même oublier que la marionnette constitue avec la personne qui partage avec elle les conforts élyséens un couple devant lequel les Macroniens peuvent bien s’ébahir comme veaux à la mangeoire, mais qui ne s’est pas moins constitué sur la ruine d’une famille authentique et l’absolu désespoir d’un mari trompé et trahi, d’un père auquel on a volé jusqu’à l’estime de ses enfants, sans que d’ailleurs personne n’en éprouve ni pitié ni remords, ni même la moindre compassion, ou la crainte vulgaire d’une tardive vengeance des dieux occultes de la souffrance, un comportement d’ailleurs seulement normal en Macronie, mort aux vaincus, pas de pitié pour les faibles, les petits, et tous autres perdants de la mondialisation heureuse, où sur des bicyclettes qu’ils n’ont même pas achetées, pédalent à contresens des rues et des avenues des capitales, les Macroniens ravis et béats.

Je vais oublier, je vais oublier, je vais oublier… ce pauvre bougre ? Le reste, oui, peut-être, sans doute, à force de volonté, mais lui ? L’oublier lui, c’est oublier aussi tous les autres oubliés de la vie, c’est renier la douleur et la mémoire.

Est-ce que je pourrai ? Je ne pourrai pas.

Je ne serai donc jamais Macronien.

Et c’est cela qui est tragique, tragique jusqu’à l’absurde : si je ne deviens pas Macronien, c’est moins par conviction, que parce que je me découvre, désespérément, misérablement, humain, incapable de faire ma mutation, comme tous les autres.

Bourgoin Jallieu, 17 juin 2017

2 réflexions sur “ Escapade en Macronie ”

  1. Intéressant mais peu crédible car le besoin de maternage le mimétisme le grégarisme le désir d’être intéressant et tout autre motif égocentrique sont des caractéristiques humaines dont nous sommes tous frappés
    donc oui tout le monde se Macronise mais ceux qui résistent sont dans l’antimacronisme qui est aussi une forme de contagion macroniste

  2. Moi aussi je suis Bérenger… et pas contaminé par l’antimacronisme !!! Du reste, si celui-ci existait, en serions-nous à citer Ionesco ?

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