Ces « Nudges » qui (dé)font le Monde…

Monsieur Obama a fait l’honneur de sa visite à la France. Il y a rencontré successivement Monsieur Hollande et Monsieur Macron. Messieurs Obama, Hollande, Macron, cela ne vous rappelle rien ? Pas même un mien précédent billet « Il nous reste au moins la liberté de ne pas être dupes » .

Que partagent en effet ces trois « hommes d’État » ? Bien plus que le fait d’appartenir à une même organisation internationale, ils doivent tous les trois leur élection à la même idéologie, et aux mêmes spécialistes, comme je le dépeins dans mon billet cité plus haut, les tenants de « l’économie comportementale ».

De quoi s’agit-il ?

Pour bien comprendre, il faut commencer par en revenir, pas moins que cela, à Freud (Sigmund) ! Lequel affirmait, sans vergogne, que « les humains ne peuvent se soustraire à l’inégalité, qui est partie intégrante de l’inné et qui les divise entre meneurs et menés. » L’espèce humaine serait ainsi divisée en deux catégories fortement inégales. Inégales en nombre : l’une d’entre elles étant fortement minoritaire. Mais inégale également en valeur, puisque par nature la catégorie majoritaire est faite pour se soumettre à la minoritaire !

Eh bien, c’est exactement ce que pensent aussi les économistes comportementalistes. Leur axiome de base (comme je m’en explique longuement dans le billet cité ci-dessus) est que le comportement du « commun » n’est jamais rationnel, et que les choix de celui-ci peuvent même le conduire à aller contre son propre intérêt. Il est donc nécessaire que ce « commun » (entendez crétin, si vous le voulez) soit pris en main par une élite, seule capable de décisions rationnelles, non seulement pour elle-même, mais aussi pour autrui !

Maintenant, comment réaliser cette « prise en main » ? La trique ? La trique, oui, pourquoi pas, il n’y a pas de gants à prendre avec le manant qui entendrait ne pas marcher droit.

Cependant, la trique à un prix, un coût : il faut pour la trique des juges, des policiers, des prisons, voire des camps ! À la longue, tout cela coûte cher, et finit par faire désordre.

Ce que proposent les économistes comportementalistes, qui très naturellement élargissent leur domaine de compétence en direction du champ politique (tellement plus rémunérateur), ce sont des économies plus ou moins conséquentes sur ces coûts, par un artifice génial, appelé (par eux) « Nudge ».

Souvenons-nous : le commun n’est pas capable de décisions rationnelles. En réalité, il ne décide rien, il obéit à des « stimuli » qu’il ne comprend pas, et qui orientent ses décisions dans un sens ou dans l’autre.

Créez les bons « stimuli », au bon moment, et voilà le bon peuple des crétins décider d’aller de lui-même où l’on veut qu’il marche, sans même qu’il soit nécessaire de l’y contraindre ! Et c’est exactement ce que se proposent de faire les hommes de l’économie comportementale, qui pour être précis, ne parlent pas de stimuli, mais de « Nudges ».

Un « Nudge » est donc une information, une rumeur, un bruit, un message que l’on diffuse à un moment soigneusement choisi, pour orienter les décisions et les choix de tout un chacun, dans le sens souhaité par cette partie de l’humanité qui ne s’entend que comme « meneurs » de l’autre.

Peu importe que le Nudge soit une vérité ou un énorme mensonge, ce n’est absolument pas le propos. Ce qui compte, pour un Nudge, c’est son efficacité, sa capacité à impressionner le bon peuple, à conduire celui-ci à se « mettre en marche », au bon moment et dans la direction souhaitée.

En réalité, les spécialistes vont jusqu’à nous concocter plusieurs sortes de Nudges. Le plus attendu est celui qui conduit à une action, telle qu’un vote par exemple. Ou à soutenir un mouvement politique, ou encore une industrie. La propagande du réchauffement climatique est un parfait exemple de Nudge. Au fond, voilà bien un sujet qui pourrait mériter débat. À commencer par cette question préalable : est-il à ce point certain que la planète se réchauffe ? Alors même que toutes les observations se rejoignent pour établir un réel refroidissement du pôle sud, par exemple. Questions iconoclastes complémentaires : à supposer que la planète se réchauffe en effet, est-il à ce point acquis que cela soit un si grand malheur ? (Je me donne bien de la peine à réchauffer, quand pour mon plus grand malheur, j’y suis pendant les mois d’hiver, mon appartement parisien, et je ne considère pas du tout que ce « réchauffement » soit le moins du monde catastrophique ! Et si j’avais à le réchauffer moins, parce que la température extérieure serait plus clémente, je ne m’en plaindrais pas du tout !) Plus encore, est-il prouvé que l’activité humaine (qui ne se produit de toute façon que sur une très petite partie de la surface totale du globe) soit en mesure d’avoir quelque effet sur le climat, dans un sens ou dans l’autre ? Et encore, et encore…

Halte-là ! Foin de ces réflexions oiseuses ! Si l’on commence à laisser penser le bon peuple, jusqu’où est-il capable de se tromper ? Place au Nudge : la planète est en danger de cocotte minute, les ours blancs en voie de disparition, la moitié des zones côtières en marche vers l’immersion totale, et seulement discuter ces « évidences » est une forme de sacrilège !

Mais il existe aussi des Nudges de diversion. Un Nudge de diversion, comme son nom l’indique, a pour objectif d’occuper l’espace médiatique et de réflexion, dissuadant tout un chacun de s’occuper de ce qui ne le regarde pas, ou plutôt de ce qui le regarde, mais dont les «meneurs » ci-dessus définis ne veulent surtout pas qu’il s’occupe.

Le « harcèlement » est un parfait exemple de Nudge de diversion.

À l’heure où partout dans le monde des bourreaux qui se revendiquent musulmans font subir à des femmes le pire et l’inimaginable, on vient nous faire pleurnicher sur de pauvres starlettes, dont certains vilains messieurs auraient propulsé les carrières sans tenir aucun compte de la réalité de leurs qualités professionnelles, mais seulement de la brièveté de leurs jupes ou la profondeur, voire l’inexistence de leurs décolletés ! Avec le résultat que l’on observe : oubliés les bourreaux musulmans ! Le violeur, le monstre, le vrai, le seul, c’est l’homme blanc occidental, du grand patron au petit chef de bureau ou contremaître d’usine, qui tous n’ont d’autre occupation dans la vie que de poursuivre de leurs assiduités aussi répugnantes que libidineuses, une population féminine seulement à l’aube de la « libération de sa parole ».

Évidemment, l’honnête homme (mais existe-t-il encore ?) voudrait poser une question : c’est quoi le harcèlement ? Tant de « harcelées » n’ont-elles donc plus ni pères, ni maris ou fiancés, mi même de frères pour les défendre et corriger les malotrus ? On interdit la fessée pour les enfants, mais, que je sache, mesdemoiselles, la paire de claques pour les malappris reste toujours possible ?

Il y a plus : l’histoire de toute vie sexuée n’est-elle pas celle d’un harcèlement réciproque de chaque sexe ? De la paramécie à la baleine, les femelles ne commencent-elles pas par harceler les mâles, le moment venu, invitant ceux-ci à les harceler à leur tour, entrant dans une compétition parfois dramatique pour eux, soigneusement entretenue pourtant par de multiples signaux des femelles, la forme la plus aboutie du harcèlement ?

Les spécialistes de l’économie comportementale mettent encore au service de leurs maîtres, les dirigeants politiques, une dernière sorte de Nudge : le « Nudge test » !

C’est que, avant d’être mis sur orbite, le Nudge doit être testé. La forme normale du test est d’observer les réactions au Nudge d’une partie limitée, mais représentative de la population. Le problème  est que la réalité de cette représentativité n’est jamais certaine. Un meilleur moyen est d’essayer le Nudge en « grandeur réelle ». On confie alors cette mission à quelque vague organisme plus ou moins officiel, payé et télécommandé par les hommes de pouvoir, organisme qui sera aussitôt et vigoureusement désavoué par ces mêmes hommes de pouvoir, surtout si l’on se rend compte que le Nudge « ne prend pas ».

À mettre dans cette catégorie, l’imposition sur les loyers fictifs des propriétaires résidents, les revenus scandaleusement élevés des retraités, ou, le dernier en date, un salaire minimum désindexé de la hausse du coût de la vie.

En réalité, c’est encore plus subtil que cela : les Nudges tests n’ont pas seulement une fonction de tests, ils en ont une autre « d’habituation », « d’éducation » de la pensée publique. Le loyer fictif, la première fois, cela n’a guère de succès. Mais ne croyez surtout pas pour autant le projet abandonné. L’idée est qu’à force d’en parler… une autre forme de harcèlement ?

Beaucoup de personnes (et parmi ces personnes, nombre de mes amis ou de mes proches) analysent la politique et les décisions de nos actuels dirigeants politiques à l’aune d’une stratégie, d’une démarche volontaire et rationnelle seulement animée par la recherche du bien commun.

Ont-ils raison, se trompent-ils ? L’histoire le dira.

Mais imaginez maintenant, juste pour l’exercice, que la seule motivation de cette équipe (comme ce fut le cas de la précédente) soit la construction des Nudges les plus efficaces, aptes à préserver les seuls intérêts de leur caste, sans aucune volonté de réduire en quoi que ce soit lesdits intérêts (qui s’appellent aussi poids exorbitant de l’Etat)… ! Concédez-moi que cette « grille de lecture » fonctionne au moins aussi bien que la précédente.

Mieux ? Mais ne fâchons personne, et sur la pointe des pieds, retournons « chez les Indiens »…

32°10’ N, 47°19’ W, 36 000 pieds, le mercredi 6 décembre

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